France : Fin du suspense pour l’Aide Publique au Développement


Emmanuel Macron a annoncé, à plusieurs reprises, notamment lors de son déplacement à Ouagadougou, sa volonté d’une France à la hauteur des défis du développement et d’une Aide Publique au Développement (APD) à 0,55% du PIB d’ici à 2022. Un plan ambitieux, certes, comparé aux 0.37% versés en 2016, mais loin des 0.7% auquel la France, comme tous les grands pays développés, s’est engagée. Reste que pour atteindre les 0.55% d’ici à 2022, le gouvernement doit trouver 6 milliards d’euros supplémentaires pour l’APD en 5 ans. Or à l’heure qu’il est, avec 200 millions d’euros prévus pour l’APD en 2018, nous n’y sommes clairement pas.

Les ONG attendent une politique de solidarité internationale ambitieuse

Les ONG, parmi lesquelles Aide et Action, attendent donc avec impatience la tenue du premier Comité Interministériel pour la coopération et le développement international du quinquennat présidé par le Premier Ministre pour connaître avec précision la trajectoire budgétaire supposée amener la France à une APD à 0.55% du PIB d’ici 2022. Elles ont d’ailleurs appelé, ensemble, dans une tribune publiée dans le quotidien La Croix, à « une politique de coopération ambitieuse, cohérente et démultipliée ».

Davantage de dons aux pays prioritaires

Outre les détails de la trajectoire budgétaire, les ONG attendent aujourd’hui un rééquilibrage de l’aide publique au développement entre prêts et dons. Depuis une dizaine d’années, la France avait en effet pris l’habitude d’aider majoritairement sous formes de prêts, excluant ainsi de fait bon nombre de pays dits prioritaires (Sahel). « Plus de dons », écrivent-elles, « c’est plus pour les besoins de base, plus pour la défense des droits humains et pour l’adaptation indispensable au changement climatique. C’est aussi des moyens pour l’aide humanitaire qui se monte à 30 millions d’euros aujourd’hui, soit moins d’1  % de notre aide internationale, quand les besoins mondiaux sont estimés à 15 milliards de dollars par an ! ».

L’expertise des ONG enfin reconnue

Les ONG souhaitent également voir les montants transitant par les ONG sensiblement augmenter. « Il est temps de corriger cette anomalie en doublant la part d’APD transitant par les ONG pour accroître et démultiplier leurs capacités d’initiative. », écrivent-elles. À l’heure actuelle, seulement 2% de l’aide bilatérale transite par les ONG françaises contre une moyenne de 13% dans les pays de l’OCDE, les privant ainsi d’une grande marge de manœuvre et d’initiative.

Qui aura le dernier mot ?

Mais l’ensemble de ces ajustements, notamment l’importante hausse de l’APD, provoquent d’après les informations obtenues par la radio RFI, « des tiraillements en interne ». « Selon un député de la majorité, Bercy traînerait des pieds. Le ministère du budget étant peu favorable à une telle augmentation de l’aide au développement. Ce même député d’ajouter alors, déterminé : « C’est une bataille qu’il va nous falloir tenir pendant quatre ans. » Des tiraillements dont Coordination Sud, qui coordonne les ONG françaises, s’est fait l’écho au travers de sa campagne « Elysée ou Bercy, #QUI décide ».