L’éducation, « pire échec de l’Humanité » selon Slate.fr/ Notre plus bel espoir d’un monde meilleur répond Aide et Action


« Le pire échec de l’humanité : l’éducation » assène un nouvel article du site d’information Slate.fr, largement repris et « liké » sur les réseaux sociaux. À première vue, le jugement nous paraît sévère mais l’argumentation de l’article publié par Moises Naim est, de fait, juste : 1.5 milliard d’enfants  passent plusieurs heures dans des établissements portant le nom d’école sans y apprendre pour autant les apprentissages de base pour une somme très coquette soit approximativement 5% du PIB Mondial.

L’analyse est un peu rapide mais vraie. L’UNESCOla Banque Mondiale, sans compter le Fonds Monétaire International, ont cette année plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme : plus de 600 millions d’enfants, dont les deux tiers vont à l’école, ne savent ni lire, ni écrire. Scolarisation et apprentissage ne sont pas synonymes, les enfants qui vont désormais massivement à l’école n’apprennent pas correctement. La plupart manquent de matériels, de fournitures pédagogiques, souffrent de malnutrition et du manque d’enseignants de qualité, i.e. diplômés, formés et surtout présents. Pire que tout, les principales victimes de cet « échec » sont les enfants les plus pauvres et défavorisés. Non seulement ils rencontrent davantage d’obstacles pour être scolarisés, mais de fait, ils sont les premières victimes de l’inefficacité du système.

Juste analyse, mais la conclusion s’égare

Alors pourquoi, devant « un tel fiasco », s’interroge l’éditorialiste, « faire des annonces politiciennes en se targuant de taux de scolarisation élevés si l’apprentissage d’une majorité d’élèves reste lettre morte ? ». Pourquoi « ne pas plutôt miser sur la qualité de l’éducation et sur l’emploi de grands moyens dès les premières années ? ». Tout simplement pourrions-nous lui répondre parce que les choses ne sont pas aussi simples ni aussi manichéennes. Parce que la scolarisation quasi universelle à laquelle nous sommes arrivés aujourd’hui n’est pas toujours allée de soi. Bien au contraire. Parce que la plupart des enfants qui vont aujourd’hui à l’école n’auraient eu aucune chance d’y aller il y a à peine 20 ans. En bref, parce que cette scolarisation universelle est une véritable victoire et qu’elle était loin d’être gagnée d’avance.

L’éducation n’est pas un échec

Les efforts déployés au cours de la dernière décennie pour améliorer l’éducation pour tous ont été sans précédent et d’une qualité et d’une efficacité remarquables. Alors, oui, c’est vrai, le niveau d’instruction et de connaissances des enfants est pour l’heure loin d’être satisfaisant, ils ont des lacunes de taille et les combler sera notre prochain défi. Faut-il pour autant dévaloriser la situation actuelle, parler d’échec, de fiasco, comme si le combat était définitivement perdu, comme si l’humanité n’avait plus aucune chance d’accéder un jour à la connaissance ?

Pour nous, Aide et Action, qui nous mobilisons depuis plus de 37 ans pour l’éducation pour tous, la réponse est non. Voir dans l’éducation un échec de l’humanité,  c’est parler d’une chose finie, aboutie, d’une chose qui a cessé d’évoluer, d’une chose qui ne suscitera plus aucun espoir. Or l’éducation est tout sauf sans espoir. Elle est, au même titre que la liberté ou la justice, « un idéal », vers lequel on tend et qui nous donne force et énergie pour nous améliorer chaque jour un peu plus.

« Une utopie nécessaire, un atout indispensable »

« L’éducation est une  utopie nécessaire, elle est  un atout indispensable pour permettre à l’humanité de progresser vers les idéaux de paix, de liberté et de justice sociale.  À une époque où la tension ne cesse de croître, où les droits de l’homme, la liberté d’expression, la paix et l’avenir de la planète semblent plus que jamais remis en question, le pouvoir de transformation véhiculé par l’éducation revêt une importance cruciale. », L’éducation : un trésor est caché dedans, écrit la Commission Internationale sur l’Éducation, présidée par Jacques Delors dans un rapport à l’UNESCO sur l’éducation au 21e siècle.

Les années qui nous ont permis de scolariser aujourd’hui plus de 90% des enfants du monde ne sont pas un échec, elles sont un pas de plus vers un monde plus juste, plus développé, moins inégalitaire. La massification de l’accès à l’éducation a été un parcours du combattant. Atteindre la qualité de l’éducation sera la prochaine bataille. Elle sera longue, complexe, probablement remplie d’obstacles. Car « l’éducation n’est ni un miracle, ni une baguette magique, elle est juste le meilleur moyen de favoriser un climat permettant à l’humanité de s’améliorer. » cite l’UNESCO en ouverture de son  dossier « Éducation : en quête d’une utopie nécessaire ». À méditer.