Aide à l’éducation : La France sera-t-elle à la hauteur du RDV de Dakar ?


300 millions de dollars, voilà la contribution au Partenariat Mondial pour l’Éducation demandée à la France par Aide et Action, aux côtés des membres de la Coalition Éducation, à l’occasion de la Conférence de financement du Partenariat Mondial pour l’Éducation. La somme est gigantesque, oui. Mais à la hauteur des besoins puisqu’aujourd’hui encore 264 millions d’enfants et d’adolescents sont privés d’éducation et 600 millions ne savent ni lire, ni écrire.  Cette contribution, comme celle des autres pays donateurs, est à nos yeux indispensable pour atteindre l’objectif d’une éducation pour tous et pour faire repartir à la hausse une aide internationale allouée à l’éducation, qui n’a eu de cesse de baisser depuis des années.

Une aide internationale allouée à l’éducation

Car si de l’avis des plus grands experts, économistes, hommes politiques, l’éducation est indispensable, un socle fondateur, un véritable fil d’or qui permettra de lutter contre la pauvreté, de faire reculer la famine et de limiter les maladies, il n’en reste pas moins vrai que les investissements internationaux pour parvenir à l’éducation pour tous ne cessent de baisser : moins 4% en 6 ans. Et en la matière, la France n’a pas dérogé à la règle. Au contraire.

La France, bonnet d’âne

En 2015, l’aide française à l’éducation de base n’atteignait que 157 millions de dollars, soit 9 points de moins qu’en 2014. Son aide était massivement dirigée, sous forme de prêts, à des pays dits non prioritaires (les pays dits prioritaires étant les pays les moins avancés de l’Afrique subsaharienne). Dans le cadre du Partenariat Mondial pour l’Éducation, la France n’a pas investi 1 dollar en 2014. En 2015, elle a versé 1.1 million de dollars.  En 2016, elle ne lui a alloué que 8.4 millions de dollars, une somme dérisoire par rapport aux besoins et aux contributions des autres pays donateurs à l’image du Royaume-Uni (136.8 millions dollars) ou de la Norvège (58.1 millions dollars).

L’ère Emmanuel Macron : une rupture ?

En acceptant de co-présider la conférence de financement, pour la 1ère fois de l’histoire aux côtés d’un pays en développement, Emmanuel Macron a endossé par rapport à la communauté internationale un rôle de leader face au défi de l’éducation pour tous.  « Je me rendrai en février à Dakar (…)Et j’aurai deux priorités, d’abord, je veux que la France s’engage massivement pour contribuer à la formation des professeurs, (…), nous prendrons des engagements concrets, mais il est indispensable que la France aide tous les États d’Afrique qui le veulent pour réussir cette bataille contre l’obscurantisme, à former les enseignants, et à construire justement la stratégie qui permettra de former les esprits partout sur le territoire. » déclarait-il en octobre dernier à Ouagadougou.

L’ambition est belle. Pourtant à moins de 48 heures de la Conférence, la France, contrairement à d’autres donateurs comme l’Union Européenne qui elle s’est engagée à hauteur de 350 millions d’euros, n’a encore annoncé aucun chiffre.

« La France doit être au rendez-vous du défi du développement » (E. Macron)

L’éducation pour tous n’a plus besoin de beaux discours. Au-delà des effets d’annonce, l’éducation a besoin d’engagements concrets, c’est-à-dire de financements qui soient à la hauteur des enjeux et qui répondent aux besoins prioritaires que sont l’accès et la qualité de l’éducation de base et la formation professionnelle, notamment pour les populations les plus vulnérables et marginalisées.  En matière d’aide au développement, Emmanuel Macron avait déjà affirmé que la France serait au RDV des 0.55% du PIB d’ici à 2022. Pour atteindre un tel niveau, il aurait fallu dès cette année 1 milliard d’euros supplémentaire alloué au développement. Avec seulement 200 millions prévus pour 2018, nous n’y sommes clairement pas.

L’éducation a besoin de financements chiffrés et fléchés

Pour nous ONG de développement spécialistes de l’éducation, les incohérences et les belles paroles suffisent. Ce 2 février peut et doit être un tournant historique pour l’éducation et l’opportunité pour « la France d’être au rendez-vous du défi du développement pour tous (1.)». Nous comptons aujourd’hui sur Emmanuel Macron pour qu’il annonce des financements chiffrés et fléchés, seule marque d’une ambition réelle, d’une vision politique et d’une volonté tangible de modifier en profondeur le paysage de l’aide à l’éducation dans le monde.

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1.  » J’ai pris l’engagement d’avoir une France au rendez-vous du défi de développement. Aussi ai-je pris l’engagement, dès le début de mon mandat, d’atteindre à la fin de celui-ci les 0,55 % du revenu national brut en termes d’aide publique au développement. C’est un engagement ferme, il est exigeant. Il est exigeant. Il supposera des efforts, nous les ferons. Parce que ces efforts, c’est la contribution française à la réussite de tout un continent, de nombreux pays, parce que c’est une part de notre réussite aussi. Et donc, dans les prochains mois, une stratégie sera détaillée, préparée par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qui année après année, expliquera très précisément comment nous y parviendrons avec des engagements financés et avec des financements à la clef. »Extrait du discours d’Emmanuel Macron, retranscrit dans le Monde