Priver les filles d’éducation coûte trop cher martèle la Banque Mondiale


Dans son nouveau rapport « Missed Opportunities : the high cost of not educating girls », la Banque Mondiale réaffirme la nécessité impérieuse d’investir au plus vite dans l’éducation des filles. L’argument est véridique bien sûr mais loin d’être nouveau. Il a d’ailleurs déjà suscité une forte mobilisation qui a permis au cours de la dernière décennie de faire chuter le nombre de filles non-scolarisées : un vrai succès puisqu’aujourd’hui près de 9 filles sur 10 dans le monde terminent l’éducation primaire. Alors pourquoi les experts de la Banque Mondiale ont-ils pris la peine de publier un énième rapport pour répéter un message déjà maintes fois entendu ?

La non-éducation des filles coûterait entre  15 000 et 30 000 milliards de dollars

Parce que cette fois, les experts de la Banque Mondiale sont allés plus loin.

Avec la rigueur et la précision qui sont les leurs, ils ont pris soin de chiffrer au centime prêt le coût de la non-éducation des filles durant 12 années consécutives, incluant éducation primaire et secondaire. Et autant dire que la note est extrêmement salée…

Les experts estiment en effet que cette non-éducation des filles coûterait entre  15 000 et 30 000 milliards de dollars de productivité et de revenus tout au long de la vie. Et le coût n’est pas uniquement financier comme le soulignent les experts.

La Banque Mondiale plaide pour 12 années d’éducation pour toutes les filles

Garantir une éducation secondaire à toutes les jeunes filles n’a pas seulement un impact sur leur avenir à elles (leurs capacités à se soigner, à prendre des décisions, à trouver un emploi), elle a également un coût physique et moral : les femmes qui ne sont pas allés au collège sont plus susceptibles  d’éprouver  de la douleur, de l’inquiétude, de la tristesse, du stress et de la colère. Elles sont plus susceptibles d’être malades et déprimées. Au-delà de leurs bien-être, priver les jeunes filles d’éducation secondaire n’est pas sans impact  sur leurs enfants, leurs foyers et plus largement encore sur l’avenir de nations tout entières.

Améliorer l’éducation des filles fait sens économiquement, humainement et moralement

Car entre une femme qui est allée à l’école primaire et qui s’est arrêtée et une femme qui n’est jamais allée à l’école du tout, la différence est maigre insiste la Banque Mondiale. (14% à 19% de différence)  Par contre, celles qui sont allées au secondaire peuvent espérer gagner 2 fois plus et celles avec une éducation tertiaire au minimum 3 fois plus que celles sans éducation.

Permettre à toutes les jeunes filles d’accéder à l’éducation secondaire est donc essentielle pour entre autres doubler les revenus des femmes à l’âge adulte, d’augmenter la part de la population active de 10%, et d’améliorer le niveau de vie des populations. En élevant le niveau de vie des filles et en ralentissant la croissance démographique, l’éducation des filles pourraient ainsi réduire la pauvreté et booster la prospérité en augmentant les revenus de 40% de la population la plus pauvre.

Dans 25 pays en développement, 3 femmes sur 4 ont leurs premiers enfants avant 18 ans

Avec ces nouveaux chiffres, cette nouvelle mise en évidence de l’importance de l’éducation secondaire, La Banque Mondiale espère inciter à une plus grande mobilisation politique pour améliorer les opportunités d’éducation des filles. D’autant, que l’accès à une éducation secondaire universelle pourrait littéralement mettre fin aux mariages précoces annonce la Banque Mondiale. De nouveaux calculs mettent en évidence que chaque année d’éducation secondaire supplémentaire fait baisser de 6% les risques de mariages et grossesses précoces.

12 années d’éducation pourraient mettre fin aux mariages précoces

Si l’éducation secondaire universelle était atteinte, les mariages précoces pourraient être totalement éradiqués et la prévalence des grossesses précoces pourrait être réduite de ¾ . Un argument de poids, qui, La Banque Mondiale l’espère, devrait susciter une nouvelle mobilisation internationale pour  garantir aux filles une éducation primaire universelle, améliorer la qualité des apprentissages qu’elles reçoivent et favoriser l’accès à l’éducation secondaire.

Car à l’heure actuelle, dans les pays à faible revenus, en dépit de progrès au cours de la dernière décennie, moins des deux tiers des filles terminent l’éducation primaire et seulement 1 sur 3 le collège.  A ce rythme, martèle l’organisation internationale, l’objectif de Développement Durable n°4 d’offrir d’ici à 2030 à touts les garçons et les filles une éducation gratuite, équitable, de qualité et qui conduira à des apprentissages effectifs ne sera pas atteint dans de nombreux pays.