L’orientation scolaire, au cœur des inégalités

Publié dans Documentation,France

« Il faudrait une « orientation heureuse , i-e. que les jeunes puisse faire ce dont ils ont envie et que des postes correspondent à leurs attentes. Mais il s’agit là d’une utopie. En France, l’orientation scolaire en est loin. Elle s’apparente à une lutte des places, voire des classes.  Elle cristallise toutes les inégalités » a  martelé Marie Durut Bellat, sociologue et marraine de la 11ème édition de la Journée du Refus de l’Echec Scolaire qui s’est déroulé le 19 septembre dernier.

L’orientation scolaire facteur d’inégalités

Le thème de l’édition, « l’orientation scolaire », n’a pas réellement fait débat tant tous les participants ont reconnu les faiblesses du système français en la matière. Avec pour appui les résultats du sondage mené pour l’occasion par l’AFEV : sur 778 jeunes issus de REP,  plus de 88% affirment construire leurs choix d’orientation en famille et 40% se disent mal informés sur les débouchés possibles.

4 élèves sur 10 se dit mal informés

Ce poids de la famille dans le choix d’orientation force à s’interroger. Un enfant dont les parents n’ont pas fait d’études n’aura pas les mêmes conseils qu’un enfant né de parents cadres ou passés par les grandes écoles. « Nous avons un discours paradoxal, a expliqué le pédopsychiatre Patrice Huere, on encourage les jeunes à choisir ce qu’ils veulent mais on leur explique en même temps qu’il faut choisir les bonnes orientations, le faire vite et bien. Or les parents sont bien davantage stressés  que les enfants.  Seuls les adultes voient à quel point le monde change et va plus vite, ce sont eux qui mettent la pression sur leurs enfants et s’inquiètent pour leur orientation, parfois extrêmement tôt ».

« L’orientation condamne autant qu’elle émancipe »

A cette pression, s’ajoute le modèle très scolaire de l’orientation à la française qui force le jeune à choisir sa place en fonction de ses notes et de sa représentation de son futur métier, souvent déconnectée de la réalité. « En France, l’orientation condamne autant qu’elle émancipe. Elle sépare de fait les bons élèves, ceux qui auront la possibilité de choisir leur orientation, des mauvais, ceux à la place de qui le corps enseignant et le manque de place décideront. » insiste Eunice Mandago Lunetta, Directrice des programmes de l’AFEV .

Que faire pour donner à tous les mêmes chances ?

Alors que faire pour donner à tous les mêmes chances d’orientation ? La majorité des acteurs réunis lors de la JRES ont souligné la nécessité de permettre aux jeunes de découvrir le monde de l’entreprise et du travail le plus tôt possible.  Des recommandations qui rejoignent celles émises par l’OCDE, qui dans son étude PISA 2015 soulignait à quel point le choix de la profession était déterminée par l’influence parentale, le milieu social et la personnalité. « La fortune des parents et leurs avantages sociaux jouent un rôle déterminant et façonnent l’orientation des enfants. Les conseils d’orientation peuvent largement aider  les jeunes à s’orienter mais ces conseils arrivent trop tard, sont trop peu donnés et souvent par un personnel trop peu formés qui manque de connaissances réelles du marché de l’emploi » soulignent les experts de l’OCDE.

Créer une rencontre entre les jeunes et le monde du travail

Ils recommandent donc  l’accès à des conseillers pédagogiques indépendants dans et hors l’école ainsi qu’une exposition précoce au monde du travail au travers de forums et de foire du travail. De manière plus générale, experts et spécialistes se sont accordés sur le fait que l’orientation devait être envisagée comme un parcours complexe, une maturation devant débuter le plus tôt possible, pour certains au collège, pour d’autres dès l’école primaire mais toujours de manière ludique et non déterministe.

Le Ministre de l’Education donne son aval

Un élément approuvé par le Ministre de l’Education nationale en personne, venu saluer le travail de l’AFEV et de ses partenaires. « L’orientation doit s’installer dans le temps et l’espace. Il ne s’agit pas seulement d’un instant magique, d’une révélation, qui arrive bien sûr, mais rarement. C’est un processus qui doit être le plus long possible. » a insisté Jean-Michel Blanquer rappelant les différents mesures annoncées pour améliorer l’orientation en France : 52H de cours d’orientation en seconde, la mise en place du 2ème professeur principale en terminale et une meilleure formation des enseignants  à l’orientation.

« Enfin, a-t-il conclu, il faut en finir avec les discours négatifs sur l’avenir, c’est anxiogène pour nos jeunes. Je suis effrayé quand je vois, d’après le sondage de l’AFEV, que 56% de nos jeunes ont peur d’échouer à l’école. Il faut un discours positif. C’est pourquoi j’insiste sur la construction d’une école de la confiance, où l’accent est mis sur les activités musicales et sportives, une école faite de passerelles, une école de la 2ème, voire 3ème chance ».

 

Pour en savoir plus sur l’événement, rdv sur www.lab-afev.org