Comment être un bon ministre de l’Éducation ?


« Mode d’emploi pour ministres de l’Éducation », tel pourrait être le titre du nouveau rapport publié par le Groupe Atlantis. Un groupe lancé en 2017 par la Fondation Varkey, qui rassemble 25 ex-ministres de l’Éducation (Najat Vallaud-Belkacem pour la France) et chefs de gouvernements ayant décidé de mettre en commun leurs expériences et réflexions pour réfléchir ensemble aux principaux défis de l’éducation. « De nombreux ministres de l’éducation arrivent au pouvoir sans expérience, sans préparation adéquate », note le rapport, il s’agit donc de leur apporter des conseils avisés, afin de rendre leurs actions plus efficaces. Quatre qualités sont d’importance capitale pour être « un bon ministre de l’Éducation », estiment les anciens ministres et chefs d’État, à savoir le respect, la conviction, la résilience et la réforme.

Savoir inspirer le respect

Être ministre de l’Éducation est un poste à haute responsabilité puisque chaque décision de ministre a un impact sur les générations à venir. Les anciens ministres conseillent donc aux plus jeunes ou au moins expérimentés de savoir inspirer confiance et respect, de savoir nouer des relations au sein du gouvernement et plus largement. Pour se faire, ils doivent être de bons communicants, ouverts aux dialogues, tout en sachant rester ferme sur leurs positions.

Être convaincu et convaincant

Attention, souligne le rapport, à ne pas baser ses décisions sur des croyances personnelles. Toute décision doit s’appuyer sur des faits scientifiques insistent les anciens ministres : « le ministre doit prendre des décisions fondées sur des faits et des preuves, il ne faut pas réformer sur de simples croyances politiques mais baser sa réflexion sur des éléments objectifs et scientifiques, d’où l’importance de rapports comme Pisa ».

Pour établir la confiance, le ministre devra également sortir de son bureau, visiter des écoles et être à l’écoute des enseignants, notamment aller dans des lieux reculés et défavorisés. Il sera ainsi mieux à même de comprendre comment les écoles mettent en œuvre les politiques et les défis auxquels les enseignants doivent faire face.  Ces rencontres donneront au ministre l’énergie et l’enthousiasme de se battre encore plus fort pour que l’éducation, en dépit des affaires politiciennes et/ou sujets d’actualités « brûlants », reste à l’agenda du gouvernement. Celle-ci ayant tendance à être jugée sans intérêt et reléguée à l’arrière-plan tant les résultats des politiques mises en œuvres en éducation ne sont jamais immédiatement visibles et donc peu rentables électoralement.

Résilience et réforme

Être un bon ministre c’est faire preuve de leadership, de résistance, c’est avoir la capacité, face à des crises systémiques, de se remettre en cause, de repenser complètement le système éducatif en place et de faire appel au besoin à la communauté internationale. Un bon ministre de l’Éducation devra donc avoir une bonne clarté de vision, du courage, de l’énergie et surtout, souligne le rapport faire acte de résilience.
Le ministre de l’Éducation est là pour améliorer le système éducatif, son arme principale : la réforme mais il ne pourra pas l’impulser seul.

Son principal allié : les enseignants

Le ministre de l’Éducation doit en effet nouer une relation particulière avec les enseignants, en faire des ambassadeurs de sa réforme, les y associer afin qu’elle réussisse. Il doit pour cela revaloriser le métier d’enseignant. Le ministre doit leur donner liberté et autonomie, et considérer l’expertise et l’expérience des enseignants pour construire le système et faire émerger de nouvelles idées. Or le groupe Atlantis souligne que beaucoup de ministres ont échoué à valoriser le statut des enseignants, ainsi que la recherche et l’innovation. Beaucoup continuent de soumettre les enseignants à un système de contrôle centralisé, d’où un manque de respect pour les enseignants qui se sentent en prime dévalorisés.

Le rapport souligne qu’un trop grand nombre d’écoles est encore géré comme une entreprise, où quelques personnes leaders disent au reste du monde comment faire. Dernière réforme indispensable et non des plus aisées : mettre en place un système d’évaluation de leurs politiques et réformes afin de développer une culture de la reddition des comptes en éducation, qui sera sans aucun doute des plus utiles à ses successeurs.

Mettre un terme à la crise de l’éducation

Respect, conviction, résilience et réforme…Autant de qualités qui seront plus que nécessaires aux ministres, car comme le rappelle le rapport, le monde de l’éducation connaît aujourd’hui une crise sans précédent (617 millions d’enfants qui ne maîtrisent pas les compétences de base, et 264 millions qui ne vont pas à l’école, et 69 millions d’enseignants qui manquent à l’appel pour atteindre l’ODD4 d’ici 2030) qui met sérieusement en péril l’atteinte de l’ODD4 en 2030.

La réponse à cette crise repose avant tout, soulignent les ministres, sur le leadership des ministres aujourd’hui en place et sur leurs capacités à repenser/améliorer le système. Pour se faire, ils devront faire preuve  de courage et de conviction, baser l’ensemble de leurs décisions sur des données scientifiques et avoir surtout l’humilité d’écouter les enseignants, explique le Groupe Atlantis. Dommage que les ministres actuellement en place, à commencer par le ministre de l’Éducation nationale en France, ne semblent pas toujours tenir compte de ces recommandations.