Inde : la préférence va toujours au garçon

Publié dans Documentation,Expertise

Shrikarshika est ce que l’on pourrait appeler une enfant miraculée. Née fille et handicapée en Inde, elle a subi de plein fouet, et avant même sa naissance, le double poids des discriminations et des inégalités qui font toujours rage dans le pays. Sa mère, comme des milliers de femmes en Inde, a immédiatement cherché à avorter en apprenant qu’elle attendait une fille et non un garçon. La petite fille a par miracle survécu à la procédure d’avortement mais elle est née avec une faiblesse cardiaque et malvoyante. Elle a de fait été immédiatement rejetée par sa famille et mise au ban de la société : elle n’a jamais été prise en charge par ses parents et n’a reçu ni amour, ni soin, ni attention. Seule sa grand-mère s’en est occupée mais âgée et sans ressources, elle n’a pas pu apporter l’aide nécessaire à Shrikarshika.

Née fille et handicapée, une double peine en Inde

L’histoire de Shrikarshika n’est malheureusement pas unique. Chaque année, estime une nouvelle étude publiée dans The Lancet, (Excess under-5 female mortality across India: a spatial analysis using 2011 census data)ce sont 239 000 petites filles indiennes qui meurent en raison des discriminations et traitements inégalitaires dont elles sont victimes. Soit 2,4 millions par décennie. Le pays était déjà connu pour ses avortements sélectifs, mais il semble désormais que cette discrimination se poursuive bien après la naissance au travers d’actes quotidiens et quasi invisibles : les petites filles seraient ainsi privées d’accès au soin, à une nourriture suffisante, à l’éducation au profit des garçons. Cette inégalité de traitement serait, selon l’étude, en grande partie responsable de la surmortalité des filles de moins de 5 ans qu’enregistre le pays.

Les discriminations, responsables de la mort de 239 000 filles

Cette mortalité excessive se concentre principalement au nord de l’Inde, dans les États de l’Uttah Pradesh, du Bijar, du Rajasthan, du Madha Pradesh et de Delhi. Dans ces États, la mortalité excessive des filles atteint en moyenne 30 pour 1000 naissances. L’étude souligne que cette mortalité féminine excessive s’explique principalement par la persistance de traditions patriarcales au sein de la société mais également par les conditions économiques et sociales des familles.

Seule issue: faciliter des filles l’accès au développement

En effet, la sélection prénatale au profit des garçons se maintient surtout chez les populations, ayant un fort taux de natalité, qui vivent principalement de l’agriculture et sans accès à l’électricité. Les auteurs ajoutent que les mères qui contribuent à cette sélection prénatale sont en général peu ou pas éduquées et sans perspectives d’emploi. Enfin, ajoutent-ils, l’alphabétisation des femmes et leur participation au travail ou à la société sont sans aucun doute d’excellents moyens de réduire la mortalité féminine et les négligences nombreuses à l’égard des filles. Dans ces conditions, les auteurs de l’étude appellent au développement d’actions et de projets permettant de prévenir au maximum ces discriminations et de favoriser l’émancipation économique et sociale de femmes.

Des projets pour favoriser l’émancipation et le développement des femmes

À l’instar du projet Enlight. Mené par Aide et Action depuis 2015, celui-ci a pour objectif de lever les obstacles rencontrés par les jeunes filles sur le chemin de l’éducation. Il concerne tout particulièrement 1600 jeunes filles dites « vulnérables », des filles de prostituées, travailleuses, atteintes de maladies graves comme le VIH, ou encore en situation de handicap comme Shrikarshika.

Grâce à ce projet, nos équipes ont accompagné Shrikarshika et sa grand-mère. Nous avons ainsi procédé aux démarches administratives pour faire en sorte qu’elles reçoivent une pension du gouvernement pour enfant en situation de handicap. Cet argent a notamment aidé sa grand-mère à assumer les charges du quotidien. Le projet a également permis à Shrikarshika de bénéficier d’une prise en charge hospitalière et de recevoir des soins, qui lui ont permis de recouvrer partiellement la vue. À 10 ans à peine,  la vie de Shrikarshika ressemble fort à un véritable parcours du combattant, mais rien ne semble pouvoir  diminuer l’enthousiasme et la détermination de cette jeune fille qui rêve aujourd’hui d’entrer pour la toute première fois dans une école accompagnée par Aide et Action.