Agnès van Zanten : « L’objectif de notre système éducatif doit demeurer d’élever le niveau global de tous. »

Publié dans Documentation,France

« L’objectif de notre système éducatif doit demeurer d’élever le niveau global de tous. », insiste Agnès van Zanten, sociologue et spécialiste des politiques éducatives, dans un article du Journal du CNRS publié le 28 août 2018. Pour autant, le système éducatif français peine selon la professionnelle à accomplir sa mission.

Une égalité des chances au placard

Le système français, explique-t-elle, se montre particulièrement efficace pour identifier et produire une élite, «  repérer les pépites qui occuperont les postes les plus en vue dans l’administration, la politique, l’économie, la recherche »… mais, ce faisant, notre système éducatif « répond mal à la massification de l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. »

20% des jeunes quittent l’éducation sans formation ni diplôme

Résultat, le système éducatif français conduit 20% des jeunes à quitter l’école chaque année sans diplôme ni qualification, 23 % des élèves des filières professionnelles échouent au CAP, 26 % au BEP, et autant d’étudiants ou presque abandonnent leurs études supérieures.  Agnès van Zanten dénonce l’idée selon laquelle tous les élèves français auraient les mêmes chances de réussite scolaires et professionnelles. Non argue-t-elle il ne suffit pas de travailler pour réussir et l’environnement social et familial des élèves, contrairement à ce que prétend le discours de l’école, importe énormément pour atteindre l’excellence.

Inégalités et ségrégation à l’école

Ce bilan du système éducatif français peut sembler bien noir, il est pourtant confirmé par les plus grandes études internationales. Agnès van Zanten, citant l’étude de l’OCDE PISA, rappelle le poids des inégalités sociales et économiques qui pèsent sur l’école française et la ségrégation sociale qu’elle reproduit inlassablement. Des inégalités qui selon la spécialiste se poursuivent jusque dans l’orientation scolaire des jeunes vers l’enseignement supérieur.

Orientation et inégalités : on s’y penche

D’après ses études, les deux tiers des lycéens issus des catégories socioprofessionnelles privilégiées environ parlent fréquemment du choix d’un programme d’études supérieures et, potentiellement, d’une carrière, avec leurs parents, contre seulement 20 % des élèves de milieu populaire. Les choix d’orientation ne sont donc clairement pas les mêmes pour des élèves de milieu aisé conseillés et accompagnés que pour les élèves de milieu populaire laissé seul face à leurs choix, face à des plateformes d’accès à l’enseignement supérieur complexes et des cursus parfois obscurs. Un élément d’autant plus intéressant à moins d’un mois de la Journée du Refus de l’Echec Scolaire, prévue le 20 septembre 2018, qui sera dédiée pour sa 11ème édition  à la thématique de l’orientation.

Revaloriser le métier enseignant devient urgent

Pour faire face au problème, Agnès van Zanten préconise de multiplier les conseillers d’orientation psychologues, « une profession en déshérence en France depuis une décennie » et de revaloriser le métier enseignant tant au niveau du salaire que de la formation, afin que les enseignants soient à même d’identifier et d’accompagner au mieux les élèves en difficulté.