Afrique : Parce qu’être enceinte ne doit plus être synonyme d’exclusion


Alors que les leaders du G7 viennent d’annoncer un engagement historique de USD 2.9 milliards de dollars en faveur de l’éducation des filles et des femmes,  un nouveau rapport publié par Human Rights Watch (« Ne marginaliser aucune fille en Afrique : Discrimination dans l’éducation contre les filles enceintes et les mères adolescentes »,) alerte sur le non-respect du droit des filles enceintes et des mères adolescentes à l’enseignement primaire et secondaire dans les pays membres de l’Union Africaine.

L’Afrique a l’un des taux de grossesse chez les adolescentes les plus élevés

Connaître le nombre de grossesses chez les jeunes filles de moins de 18 ans en Afrique reste difficile, on estime cependant que le continent a l’un des taux de grossesse chez les adolescentes les plus élevés au monde. Le rapport 2015 de l’UNICEF Mariages d’enfants, grossesses précoces et formation de la famille en Afrique de l’Ouest et du Centre estime que dans cette région le pourcentage d’accouchements survenus avant 18 ans s’établit à 34,3%. Les cas de femmes âgées de 20 à 24 ans ayant eu un enfant avant l’âge de 18 ans sont surtout élevés en Guinée, au Mali, au Niger, au Tchad, en République Centrafricaine et au Gabon.

Enceinte c’est être marginalisée et privée d’éducation

Tomber enceinte très jeune complique déjà naturellement la scolarisation. En Afrique, cela expose de surcroît à bon nombre d’exclusions et humiliations. Une grossesse précoce est toujours vue comme immorale, moralement répréhensible et l’une des sanctions est notamment la privation d’éducation.

Un traitement quasi inhumain

C’est notamment le cas souligne le rapport d’Human Rights Watch en Guinée Équatoriale, Sierra Leone et en Tanzanie, trois pays qui excluent encore les filles de l’éducation dès qu’elles sont enceintes. En Tanzanie, les jeunes filles sont même arrêtées par la police, elles subissent de véritables interrogatoires et leurs familles sont harcelées afin qu’elles révèlent le nom de l’homme qui les a mises enceintes. Dans certains pays, les autorités scolaires vont jusqu’à procéder à des tests de grossesse forcés pour identifier les filles enceintes, elles sont ensuite humiliées et exclues de l’école. Par peur d’une telle situation, des jeunes filles abandonnent prématurément l’école dès qu’elles découvrent qu’elles sont enceintes.

Mais des progrès remarquables dans 26 États

Dans ce tableau particulièrement sombre émergent toutefois quelques progrès. 26 États africains, souligne le rapport, ont ainsi adopté des lois ou politiques afin de protéger l’éducation des adolescentes pendant la grossesse et la maternité. Le principal problème pour ces pays-là reste le manque de suivi et de soutien des jeunes filles après l’accouchement : ces dernières, le plus souvent stigmatisées au sein des communautés et dans les écoles, n’ont bien pas souvent pas les moyens financiers de payer les frais de scolarité ni la garde de leurs enfants.

Des exemples à suivre

Certains pays ont néanmoins fait des efforts remarquables pour accompagner les jeunes filles après leur accouchement : c’est notamment le cas du Rwanda qui a supprimé les frais de scolarité primaire et secondaire pour les jeunes filles, de l’Afrique du Sud qui a apporte un soutien financier aux mères adolescentes, du Sénégal qui a choisi d’aménager le temps scolaire pour permettre aux mamans d’allaiter ou de prendre des congés quand le bébé est malade ; du Gabon qui a mis en place des crèches et des centres petite enfance près des écoles ; de la Côte d’Ivoire enfin qui facilite l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive.

Marginaliser les filles enceintes est préjudiciable pour l’Afrique

Le rapport d’Human Rights Watch invite les autres pays africains à prendre exemple, car marginaliser les jeunes filles enceintes est préjudiciable au développement du continent. Le rapport souligne que les États devraient veiller à prévenir les grossesses précoces et donner aux filles les moyens d’avorter légalement et en toute sécurité. Ils doivent également mettre en place les conditions nécessaires pour leur garantir le retour à l’école après l’accouchement.