enseignant Vichica au Cambodge journée internationale de l'éducation

Assurer aux minorités un enseignement qualifié : l’engagement de Vichika


Crédits photo : AEA

Alors que le droit à l’éducation est reconnu par tous, pour de nombreux enfants dans le monde, celui-ci n’est toujours pas une réalité. Les enfants des communautés autochtones en sont un exemple. Au Cambodge, où le système d’enseignement public est sous-développé, les enfants issus des minorités ethniques ont moins de chances d’être scolarisés. Et s’ils sont inscrits, ils risquent davantage d’abandonner leurs études. Les nombreux défis auxquels ils sont confrontés se révèlent souvent insurmontables.

Des obstacles éducatifs pour les enfants issus de minorités ethniques

La plupart des communautés issues de minorités ethniques sont isolées, vivent dans des zones difficiles d’accès et sont confrontées à l’absence d’installations de base (telles que des écoles). La pauvreté est généralisée et de nombreuses familles ne peuvent tout simplement pas se permettre d’envoyer leurs enfants à l’école, car même si c’est  gratuit, cela implique souvent des frais indirects tels que le matériel scolaire, le transport, les uniformes et les repas. Il y a une pression pour que les enfants restent à la maison, aident aux tâches ménagères et gagnent leur vie.

La barrière supplémentaire de la langue

Les enfants des minorités ethniques sont également confrontés à des barrières linguistiques : la langue d’enseignement à l’école n’étant pas leur langue maternelle. Dès le début, ils ont donc du mal à suivre leur cours : une tâche qui se révèle même impossible pour beaucoup. Les matériels d’apprentissage, comme des livres dans leur propre langue, ne sont pas disponibles et l’enseignant n’est pas capable de parler leur langue. Tout cela compromet sérieusement les chances des enfants de réussir leur année scolaire. Beaucoup abandonnent complètement peu de temps après le début de leur scolarité.


Les provinces de Ratanakiri et de Mondulkiri au Cambodge

Au Cambodge, ce problème est  illustré dans les provinces isolées de Ratanakiri et de Mondulkiri, situées dans le nord-est du pays , où la majorité de la population appartient à l’un des divers groupes ethniques minoritaires tels que le Pnong, le Krung et le Tampuan, pour n’en citer que quelques-uns.

Prenons, par exemple, le district d’O’Chrum dans la province de Ratanakiri, où 85% de la population est issue  de minorités ethniques, principalement de Krung et de Tampuan, alors que la langue d’enseignement à l’école est le khmer (cambodgien). Aide et Action travaille dans ce domaine pour améliorer le système scolaire afin que chaque enfant, y compris ceux issus de ces groupes autochtones, ait accès à un enseignement de qualité, qui est pertinent pour eux, dans leur langue maternelle.

L’école primaire Kroch est l’une des écoles ayant adhéré au projet d’éducation bilingue Aide et Action. 70% des enfants qui fréquentent cette école sont issus de la minorité ethnique Tampuan. Ils parlent le tampuan à la maison, mais une fois qu’ils commencent à aller à l’école – s’ils y parviennent – ils se retrouvent dans un monde où seul le khmer est parlé.

Un enseignant au cœur du dispositif

Vichika LOU, 29 ans, est un enseignant d’origine tampuan et père d’un petit garçon. Il connaît les inconvénients auxquels la plupart des enfants autochtones sont confrontés ici, mais il participe également au nouveau souffle  apporté par le projet d’Aide et Action qui permet à cette école comme à d’autres, un enseignement en langue tampuan. Il en est à sa 7e année d’enseignement en CE1 (le matin) et en CE2 (l’après-midi). Depuis 3 ans, il enseigne également le programme bilingue d’Aide et Action.

« Quand j’étais enfant, mon rêve était de devenir infirmier. Mais aller à l’école était difficile dès le début. Pour atteindre l’école primaire la plus proche, je devais marcher chaque jour 4 kilomètres pour y aller et 4 kilomètres pour rentrer à la maison. Je me sentais constamment fatigué et affamé la plupart du temps, car ma famille était pauvre et ne pouvait pas me fournir suffisamment de bonne nourriture. Ma famille n’avait ni moto ni même vélo, c’est dire à quel point nous étions pauvres. Je me suis accroché, mais après 2 ans, j’ai quand même dû m’arrêter, car il n’y avait plus d’enseignants à l’école, ce qui n’est pas inhabituel ici. Il n’y a tout simplement pas assez d’enseignants qualifiés au Cambodge et la région est si éloignée que peu de personnes souhaitent venir vivre ici.

Cela dit, j’ai recommencé à aller à l’école plus tard, mais nous avions toujours des enseignants de façon irrégulière. Parfois, nous n’avions pas d’enseignant pendant une semaine, par exemple parce que les routes étaient impraticables ou qu’ils devaient aider leurs familles à la ferme. Parfois, nous n’avions pas d’enseignant pendant de très longues périodes. J’étais très déterminé à poursuivre ma scolarité, mais dans l’ensemble, il m’a fallu attendre d’avoir 15 ans pour terminer mes études primaires.

Un rêve prend forme

À cet âge là, j’ai commencé à rêver d’une petite famille à moi et je pensais que ce serait merveilleux de pouvoir enseigner à mes enfants et aux autres enfants de mon propre village afin qu’ils n’aient pas à affronter les mêmes difficultés que moi.
C’est à ce moment que j’ai compris que je voulais devenir enseignant. La route a été longue et difficile. Pour devenir enseignant au primaire, nous devons nous rendre à l’École d’État, située dans la ville de Stung Treng, loin de chez nous dans une autre province. Il n’existe pas d’école de ce genre dans notre propre province. Après cela, j’ai également déménagé à Banlung, capitale de la province de Ratanakiri, pour étudier l’anglais. Alors maintenant, je parle couramment tampuan et khmer, et je parle aussi un peu anglais.

Enseigner avec passion, dans ma propre langue

Je suis tellement heureux d’être maître à l’école primaire de Kroch. J’enseigne avec passion et tout ce que je veux, c’est que les enfants puissent recevoir une bonne éducation, avec suffisamment d’instituteurs formés, pour avoir un meilleur avenir. Je suis tellement heureux de savoir que je contribue à cela.

Et surtout, grâce à l’initiative bilingue d’Aide et Action en matière d’éducation, je peux maintenant enseigner ma propre langue, le tampuan, à l’école et travailler avec les livres et le matériel pédagogique développés dans cette langue. Le programme d’enseignement multilingue a pour objectif d’aider les jeunes enfants de cette minorité ethnique à apprendre leur propre langue, mais également la langue khmère dès les premières années de la scolarité (de CP au CE2), de sorte qu’ils ne prennent pas de retard dès le début. En première année, ils étudient 20% en khmer et 80% en tampuan, en deuxième année, 40% de khmer et 60% de tampuan et, en troisième année, 80% de khmer et 20% de tampuan. Après cela, ils peuvent passer sans effort en CM1, où le khmer est la seule langue d’enseignement. N’est-ce pas une bonne chose?

Le programme est maintenant dans sa 3ème année et les enfants aiment davantage venir à l’école grâce à  cela. Ils sont si heureux d’avoir un maître qui parle leur langue. Ils n’ont plus peur d’aller à l’école et ont beaucoup plus confiance en eux. Ils trouvent également les cours beaucoup plus intéressants et pertinents, avec des livres dans leur langue et des sujets qui leur tiennent à cœur. Grâce au projet d’Aide et Action, nous avons également accès à des tablettes et à un écran de télévision sur lequel nous téléchargeons des supports d’apprentissage interactifs bilingues, ce qui plait beaucoup aux enfants. Et puis il y a aussi la grande bibliothèque que nous avons maintenant. Les enfants adorent ça.  Ils ne viennent pas seulement ici pour les sessions officielles de la bibliothèque, mais ils adorent passer du temps ici et parcourir ou lire des livres pendant leur temps libre!

Les cours bilingues me permettent également de maintenir mes compétences linguistiques de tampuan et, bien sûr, cela contribue à préserver notre culture.
Je suis très content de ce programme à l’école et de mon rôle. Tout d’abord, je veux être un bon enseignant, un modèle, et peut-être un jour devenir directeur d’école. Pour moi, il s’agit d’aider les enfants de ma communauté et de veiller à ce qu’ils puissent venir à l’école et bien apprendre.

En Asie du Sud-Est, Aide et Action travaille avec de nombreuses communautés de minorités ethniques au Cambodge, au Laos et au Vietnam pour les aider à améliorer leurs systèmes scolaires locaux et à développer les ressources dont elles ont besoin pour que chaque enfant ait accès à une éducation de qualité qui les concerne, et dans leur langue maternelle. Nous travaillons avec les écoles, mais également avec les parents et les communautés, ainsi qu’avec les décideurs politiques, afin de leur permettre de devenir autonomes et capables d’améliorer et d’adapter leur système éducatif à l’avenir.

Pour la journée internationale de l’éducation, mobilisez-vous avec Aide et Action !
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