#MeToo : en Inde, les femmes migrantes formées pour mieux se défendre

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Chaque année en Inde, ils sont près de 10 millions à migrer d’un état à un autre pour trouver un emploi et gagner ainsi de quoi survivre pendant les mois de sécheresse. Sans terre, ni propriété, les populations migrantes, véritables citoyens de seconde zone privés de soins, sont souvent la proie d’hommes sans vergogne qui les exploitent et les réduisent en esclavage.

Femmes migrantes, citoyennes de seconde zone

Femmes et enfants sont loin d’être épargnés. « L’école n’est souvent qu’un lointain souvenir pour les adolescentes. La famille ayant à peine de quoi vivre, elles sont mises au travail. Sur les chantiers de construction ou dans les usines, elles portent sur la tête jusqu’à 1000 briques par jour ou cassent du charbon. Puis elles s’attaquent aux tâches ménagères et prennent soin des plus jeunes. Un an après leur puberté, leurs familles se mettent en quête d’un mari. Une adolescente mariée, c’est une bouche en moins à nourrir » explique Saroj Kumar Barik spécialiste de la question migration d’Aide et Action en Inde. 4 filles indiennes sur 10 arrêtent l’école avant la cinquième année et 55 % sont mariées avant l’âge légal.

1 femme migrante sur 3 est violée et battue

Les femmes, jeunes et moins jeunes, subissent en plus harcèlements et violences. D’après Umi Daniel, Responsable Migration Aide et Action en Asie du Sud, 1 femme migrante sur 3 est régulièrement violée et battue. Sur les chantiers de construction ou dans les usines à briques, où elles vivent et travaillent jusqu’à 14 ou 16 heures par jour, elles n’ont, pour les soutenir, aucun appui psychologique, médical ou social et n’ont généralement d’autres solutions que de se taire et d’endurer. Jusqu’à présent, peu d’entre elles trouvaient le courage nécessaire pour raconter leurs expériences et demander justice.

#MeToo change les mentalités

Depuis un an pourtant, les choses évoluent. Et le mouvement de contestation #MeToo né aux Etats Unis le 11 octobre 2017 n’y est sans doute pas étranger. Doucement mais surement, un réseau d’ONGs spécialisées sur la question de la migration en Odisha Occidental, parmi lesquelles Aide et Action, a réussit à insuffler dans un milieu très conservateur où la femme n’était jamais considérée comme une sujet de droits, une véritable révolution.  Les filles et femmes migrantes de l’Etat d’Odisha sont désormais l’objet d’un recensement par les ONGs. Celui-ci permet d’identifier et de suivre ces femmes au cours de leurs déplacements, depuis leurs villages d’origine jusqu’à leurs nouveaux lieux de travail. Un tel processus améliore leurs sécurités sur les routes inter-états et contribue à lutter contre le trafic d’êtres humains.

Formation et sensibilisation pour qu’elles s’affirment « sujets de droits »

Les ONG ont également souhaité sensibiliser les femmes migrantes au respect de leurs droits et les encourage à se défendre. « Les femmes ont le droit de travailler dans la dignité et sans craindre l’exploitation de ceux qui les emploient », rappelle Umi Daniel. Aide et Action a participé à la formation de quelques 300 femmes afin que celles-ci encouragent les autres femmes migrantes à se défendre et à porter plainte en cas d’agressions. Ces femmes font notamment la promotion de lignes d’appels d’urgence et de secours permettant aux femmes de signaler tout type d’abus.

> Nos actions aux côtés des populations migrantes en Inde