L’éducation est-elle un enjeu incontournable pour construire un monde durable et prospère ?


Un monde 0 faim, 0 maladie, 0 pauvreté où chacun pourrait avoir accès de manière équitable au développement ? Utopique ? Pas tellement, puisque c’est bien ce à quoi se sont engagés en 2015 193 Etats parmi lesquels la France.  Le but : atteindre d’ici à 2030 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) (Faim, Pauvreté, Croissance, Santé…).

« Parmi ces objectifs, l’ODD 4, consacré à l’éducation est essentiel », note Anna d’Addio, Analyste Principale du Rapport Mondial de suivi sur l’Education, en ouverture de la conférence débat organisée à l’initiative d’Aide et Action au Forum Mondial Convergences intitulé « L’éducation, un enjeu incontournable pour atteindre les ODD».

L’ODD 4 d’ici 2030 : offrir à tous accès à une éducation de qualité

« Il ne s’agit pas seulement d’offrir à tous accès à l’éducation, mais de garantir l’accès à une éducation de qualité tout au long de la vie. En cela, l’ODD 4 n’est  pas seulement important pour l’éducation, il est essentiel pour atteindre tous les autres objectifs de développement : un travail décent, le changement climatique, la bonne santé… Il y a des liens forts entre tous les objectifs, entre éducation, planète et prospérité. »  explique l’analyste de l’UNESCO.  Une conviction partagée par Mahfou Diouf, Responsable de la Mission Educative France d’Aide et Action : « Sans éducation, il est utopique de penser que l’on puisse aller de l’avant. Les ODD ont permis de mettre en lumière que l’éducation est nécessaire pour tout progrès économique et social. »

263 millions d’enfants exclus de l’éducation

Or à l’heure actuelle, 263 millions d’enfants sont toujours privés d’éducation. Et 617 millions d’enfants, dont plus de la moitié vont à l’école, ne maîtrisent pas les compétences de base. 100 millions de jeunes (15 -24 ans) sont analphabètes. Et plus de 750 millions d’hommes et de femmes adultes sont analphabètes « Si nous ne résolvons pas la question de l’exclusion de l’éducation, insiste Mahfou Diouf, si nous ne faisons pas rapidement en sorte que tout le monde ait accès à une éducation de qualité, alors il est certain que nous n’atteindrons pas les ODD d’ici à 2030 ».

Encore de nombreux freins à l’éducation pour tous

Si tout le monde aujourd’hui s’accorde à dire que l’éducation est un bien commun, une priorité mondiale et un enjeu incontournable, il n’en reste pas moins vrai que de nombreux obstacles se dressent encore sur le chemin de l’éducation pour tous. Premier obstacle : le manque de moyens. « Il manque des infrastructures, du matériel, des enseignants, des formations adaptées… » explique Anna d’Addio. « Dans les pays en développement, ce sont déjà les Etats et les familles qui investissent le plus dans l’éducation, explique Rohen D’Aiglepierre, Chargé de recherche économie du développement, de l’éducation et de l’emploi à l’Agence Française de Développement.

L’éducation n’a pas de prix mais elle a un coût

Mais étant donné la croissance démographique, les fonds des Etats et des ménages ne suffisent pas pour offrir à tous les enfants une éducation de qualité. « Il est difficile d’en demander davantage aux familles au risque de les voir ne plus scolariser leurs enfants faute de moyens pour payer les fais de scolarité » avance Sandra Boisseau, Référente technique Education Inclusive pour Humanité & Inclusion et représentante de la Coalition Education. Il y a bien l’aide publique au développement allouée à l’éducation, mais elle reste un parent pauvre « Elle ne représente que 5 $ par an et par enfant »,  insiste Rohen d’Aiglepierre, « Il faudrait plus d’aides, mieux la cibler et éviter le saupoudrage ».

Une aide plus efficace pour ne plus laisser personne derrière

« Il y a une inefficacité des systèmes éducatifs africains », dénonce Mahfou Diouf. Une majorité d’enfants quittent l’école avant la fin du primaire. Pourquoi les états ne reforment-t-ils pas le système? Pourquoi ne font-ils rien pour améliorer le niveau faible des enseignants? » s’interroge-t-il. « L’urgence, rappelle Rohen d’Aiglepierre, construire un système éducatif public, de qualité et accessible à tous. » Comment ? « Il faut que les Etats s’approprient les nombreux projets menés par les associations et les mettent à l’échelle », insiste Mahfou Diouf. « Il faut également que les organisations travaillent davantage ensemble pour répondre aux besoins spécifiques de chaque enfant », explique Sandra Boisseau.

 La formation des enseignants au coeur de l’éducation de qualité

Autre sujet central sur lequel les états doivent travailler en urgence : le statut des enseignants et leur formation car sans enseignants bien formés, il n y aura pas d’éducation de qualité. Or aujourd’hui, il manque 69 millions d’enseignants pour parvenir à une éducation de qualité en 2030. Dans de nombreux pays, les enseignants sont obligés d’avoir un second emploi pour joindre les deux bouts.

« L’absentéisme des enseignants est très élevé en Afrique Subsaharienne », souligne Anna d’Addio, « mais si l on regarde de près, ceux qui sont absents volontairement sont peu nombreux. Certains vivent très éloignés des écoles, et faute de transports adéquats, ils ne peuvent y accéder tous les jours ». L’une des solutions pour Mahfou Diouf : créer une véritable dynamique locale autour de l’éducation. « Il faut développer une société civile locale, au niveau des villages, des départements pour qu’il y ait des gens avertis qui se mobilisent pour une éducation de qualité ». Car comme le souligne le dernier Rapport Mondial de suivi sur l’éducation publié en 2017, « l’éducation est bien de la responsabilité de tous ».

 

> Le débat organisé par Aide et Action est disponible sur Périscope