journée d'études autour de la cohérence éducative, thème de la journée 2018 étant consacré à la bienveillance éducative

La bienveillance à l’école : un concept clé qui ne va pas forcément de soi


Etre bienveillant à l’école, s’assurer que les enfants que l’on accompagne soient épanouis et heureux dans un climat positif favorable aux apprentissages et au développement de l’enfant, cela semble évident. Et pourtant, cela n’a pas toujours été de soi. D’où la décision d’Aide et Action et de son partenaire l’Atelier Canope 95 d’organiser  le 28 novembre dernier une journée d’études consacrée à cette thématique.

L’événement, qui s’est déroulé à la Maison de l’Education du Val d’Oise, en présence de nombreux experts et professionnels de l’éducation avait pour sujet « Sous l’exigence, la bienveillance ». Deux concepts clés, qui loin d’être incompatibles, ont donné naissance, grâce à l’investissement et l’ingéniosité de nombreux acteurs de l’éducation, à des dispositifs éducatifs de grande qualité et à l’impact saisissant, comme l’ont montré les enseignants et chercheurs qui se sont succédé à la tribune en cette journée d’étude.

Affiche de la journée de la cohérence éducative sur la bienveillance à l'école organisée par Aide et Action et son partenaire l'Atelier Canopé 95
Affiche de la journée consacrée à la bienveillance éducative

Bienveillance : un mot né en 2015 au sein de l’Education Nationale

« Le mot « bienveillance n’est apparu qu’en 2015 lors de la loi sur le Refondation de l’école », explique Ronald Grec, principal du collège de Parmain (95), en ouverture de la Journée d’étude. « C’était un mot issu de la morale, certainement  pas un mot de l’Education Nationale. Nous, les enseignants, pensions tous être bienveillants, mais nous nous sommes pris une grande claque car cela sous-entendait soudainement que nous ne l’étions pas. Allez dire cela à un enseignant qui se démène depuis des années pour ses élèves. »

Un mot qui fait polémique

«  Passé le choc », poursuit le directeur d’établissement, « il a fallu s’interroger sur le sens derrière le mot bienveillance. Etre bienveillant, c’est vouloir le bien des élèves mais le problème c’est que chacun a sa vision du bien : les enseignants, les parents, les principaux, et les élèves eux-mêmes. Une autre difficulté c’est qu’il ne suffit pas de vouloir le bien pour le faire. Si l’on veut être bienveillant, comme l’être avec tout le monde ? Faut-il pour autant ne l’être qu’avec certaines personnes ? Le mot a suscité des réactions très diverses : des enseignants ont commencé par dire qu’être bienveillant ce n’était pas leur métier, d’autres au contraire s’en sont de suite emparés, mais parfois pas toujours dans le bon sens. Aujourd’hui, le terme est souvent ridiculisé, on a souvent d’un côté les enseignants qui se disent exigeants, de l’autre, des enseignants «  bisounours », conclut le principal. Pourtant entre les deux, une juste mesure est possible, comme l’ont monté Paul Vincent Roggy, enseignant au collège Les Toupets (95), Helene Puddu, représentante du Programme de Réussite Educative d’Eragny, Daniele Manesse, enseignante et chercheuse à Paris 3, Sylvie Fromentelle des Cahiers Pédagogiques invités à la table ronde sur le thème « bienveillance et exigence ».

Exigeant ou bisounours ? Pas d’alternative possible ?

« Etre bienveillant, explique Hélène Puddu, c’est prendre soin de la famille; être dans le non-jugement; en adhésion avec elle; lui laisser du temps; proposer un accompagnement sur le long terme et modulable; enfin s adapter a l’environnement ». Pour Paul Vincent Roggy, la bienveillance en milieu scolaire est complexe. «  On pense qu’elle va de soi, mais ce n’est pas du tout le cas. Il faut que les enseignants y soient formés. Il s’agit de ne plus s’intéresser aux programmes uniquement mais de se concentrer sur l’humain. Par ailleurs, le système éducatif français est très hiérarchisé or il faut un système  plus circulaire: parents, enfants et enseignants doivent discuter ensemble, assis autour d’une table ronde ». « Enfin », ajoute l’enseignant, « la mise en place d’une approche par compétence, et non par note, et le travail en équipe permettent de donner la parole aux élèves et de  les écouter vraiment. Cela améliore le climat scolaire et crée du lien avec les parents ». « Malheureusement, déplore Sylvie Fromentel des Cahiers Pédagogiques, on continue trop souvent en France de penser que pour apprendre il faut souffrir ! »

« En France, on pense encore que pour apprendre il faut souffrir »

Depuis 2015, le temps a passé et a été fructueux. De nombreux dispositifs ont vu le jour pour accroître et développer les pratiques bienveillantes au sein de l’univers scolaire. Certains simples d’apparence comme des jeux de société, ludiques et pédagogiques, qui peuvent être utilisés en classe par les enseignants : le jeu de plateau Feeling invite par exemple les jeunes et moins jeunes (des l’âge de 8 ans) à imaginer les sentiments de leurs camarades lors de mises en situation réelles.

Résultat, les élèves apprennent à faire attention à l’autre et à ne plus se fier aux apparences ou au quand dira-t-on. D’autres dispositifs plus complexes ont également vu le jour, notamment afin de mettre en évidence la réalité du climat scolaire au sein des établissements et de pouvoir, si nécessaire, à partir du diagnostic, remédier aux difficultés.

Un projet bienveillant: « École Amie des Enfants » développée par Aide et Action

« Le projet Ecole Amie des Enfants développé par Aide et Action créé les meilleurs conditions d’apprentissage possible pour les enfants avec l’aide des enseignants. Notre équipe réalise un diagnostic de la situation dans chaque école puis partage les principaux résultats avec l‘équipe pédagogique », explique Mahfou Diouf, Directeur de la mission éducative Aide et Action France. « Nous n’apportons pas de solutions toutes faites, c’est à l’équipe pédagogique de se remettre en cause, de se poser les bonnes questions et de se mettre au travail en équipe pour mieux accueillir les élèves et créer un climat éducatif favorable aux apprentissages. » ajoute Mahfou Diouf.

Pour créer la bienveillance, l’arbre de la confiance 

Il y a un peu plus d’un an, un collège de Goussainville a ainsi expérimenté le tout premier baromètre de confiance, développé à partir du modèle d’arbre de la confiance créé par Pierre Winicki. Les jeunes de l’établissement ont été invités à  répondre à un questionnaire sur leurs relations avec les enseignants, d’autres élèves et d’autres professionnels de l’éducation. Les résultats de ce questionnaire ont été remis à chaque jeune lors d’un entretien individuel avec un enseignant de leurs choix parmi l’équipe éducative. L’occasion de discuter avec chaque élève de ses doutes et problèmes. L’outil a été des plus efficaces puisque en moins d’an, le nombre de conseils de discipline dans cet établissement a chuté de 22 à 8. Plus d’une dizaine d’établissements ont d’ores et déjà adopté cet arbre.

« L’école autrement »

D’autres écoles encore ont fait de la bienveillance la clef de leur mission éducative à l’image de l’école des Bourseaux, une école atypique installée à Saint-Ouen l’Aumône (95) où les enfants, regroupés par cycle et non par classe, apprennent entre pairs, grâce a l’accompagnement bienveillant des enseignants qui préparent l’ensemble des projets pédagogiques en équipe. Là-bas, la bienveillance ne se pense pas, elle se vit au quotidien, dans chaque activité et avec chaque enfant. « On explique à chaque enfant ce qu’il doit apprendre, vers quoi il doit tendre et pour quelles raisons. Nous l’accompagnons sur tout chemin et il est très rare de ne pas voir les enfants faire des progrès spectaculaires », explique une enseignante. « Quand ils arrivent au collège, les professeurs nous disent le plus souvent que nos anciens élèves sont plus responsables et meilleurs que les autres ».