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Au Cambodge, faire que l’éducation soit l’affaire de tous

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Crédit Photo : © Marion Tranchant/AEA

Le Cambodge a depuis longtemps promis de fournir une éducation primaire et secondaire gratuite à tous les enfants se trouvant sur son territoire. Mais, avec un quart de million d’enfants non scolarisés, il est clair que l’objectif est loin d’être atteint.  Samphors Vorn, Directeur d’Aide et Action au Cambodge, nous livre son point de vue sur la situation de l’éducation au sein du pays.

Pour de nombreux enfants à travers le Cambodge, les nobles ambitions affichées par le gouvernement sont loin d’être une réalité. Même si la loi impose un enseignement primaire et secondaire gratuit, une enquête récente du ministère de l’Éducation et de l’Unesco a révélé que plus de 250 000 enfants ne sont toujours scolarisés, essentiellement dans les zones rurales du pays.

Des résultats trompeurs

« Si le taux de scolarisation de 98% obtenu par le gouvernement cambodgien est une réalisation incroyable, ce chiffre ne permet pas de saisir les nombreuses façons dont les jeunes sont susceptibles d’être coupés de l’éducation à laquelle ils ont droit, estime Samphors Vorn, Directeur d’Aide et Action au Cambodge. Il y a ceux qui n’y ont pas accès, ceux qui y ont accès mais qui ne sont pas officiellement inscrits, ceux qui y ont accès et qui sont inscrits mais qui ne sont pas à l’école, ou encore ceux qui y ont accès, qui sont inscrits et bien présents mais à cause d’un handicap ou d’autres facteurs, ne parviennent pas à apprendre. »

Au Cambodge, de nombreux enfants en âge d’être scolarisés vivent dans la pauvreté ce qui oblige leurs familles à les mettre au travail dès que possible. Les filles, en particulier, continuent de souffrir de préjugés culturels profonds selon lesquels l’éducation reste une prérogative masculine ; elles sont alors retirées de l’école pour assumer le fardeau du travail domestique et se marier dès l’adolescence. 

De nombreux freins persistent

De plus, le système éducatif cambodgien fait face à un problème accru de corruption qui bloque d’autant plus l’accès à l’éducation pour les familles les plus défavorisées. En effet, une série de frais informels, notoirement connus, sont très souvent imposés : poussés par des salaires extrêmement bas et une culture de la corruption, les enseignants exigent que les élèves paient un supplément pour aller à l’école. Un tarif que la majorité ne peut se permettre. Un rapport publié en 2007 par l’ONG cambodgienne Education Partnership a révélé que l’incapacité de payer ces frais informels était la raison la plus souvent invoquée par les parents face à l’abandon scolaire de leurs enfants.

Cependant, une autre raison vient expliquer le nombre élevé d’enfants non scolarisés au Cambodge. « Pour de nombreuses familles rurales qui cultivent le sol depuis des générations, les avantages d’une éducation primaire et secondaire sont encore difficiles à saisir, explique Samphors. La compréhension de l’importance de l’éducation chez les parents est encore faible, c’est pourquoi certains préfèrent encore envoyer leurs enfants dans les rizières. »

Une action commune, ciblée et efficace

Depuis 2014, Aide et Action est le fer de lance du Consortium cambodgien pour les enfants déscolarisés dont l’objectif est de réinsérer les enfants des rues à l’école. En trois ans, près de 60.000 enfants ont été ramenés au sein des salles de classe grâce à une action commune, ciblée et efficace.

 «Il faut davantage de collaboration et d’intervention pour fournir à la fois un accès à l’éducation mais aussi en assurer la qualité, souligne Samphors. Notre priorité doit être d’investir dans ceux qui abandonnent leurs études, ceux qui n’apprennent pas, ceux qui sont confrontés à la marginalisation à un âge précoce, plutôt que d’agir dix ou vingt ans plus tard lorsqu’ils deviennent des adolescents susceptibles de causer des problèmes sociaux ou des chefs de famille pas en mesure de contribuer à la société. Les empêcher de décrocher est vraiment un investissement intelligent et peu coûteux. Les enfants laissés pour compte coûtent terriblement cher au pays à long terme. »

«L’essentiel est de susciter le respect de l’éducation dans les communautés. Il faut les sensibiliser à l’importance de l’éducation et aussi leur permettre d’améliorer leurs moyens de subsistance. Nous devons investir dans tous les acteurs clés de l’apprentissage et agir auprès des parents, des enseignants, des autorités locales, afin que l’éducation soit l’affaire de tous », conclut notre directeur pays.