Alphabétisation : un grand pas pour l’homme, un pas de géant pour la paix et la démocratie

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Comme je ne sais pas lire, j’ai du mal à signer des documents et je ne peux pas aider mes enfants à faire leurs devoirs », explique Shengfang. A 35 ans, cette jeune femme originaire du village de Xinping n’a jamais eu la chance d’aller à l’école. « Être illettrée m’a rendu les choses beaucoup plus difficiles surtout quand je travaillais loin de la maison : j’ai été serveuse dans un restaurant mais j’ai vite réalisé que je ne pouvais même pas prendre les commandes. C’est pourquoi j’ai décidé que j’allais tout mettre en œuvre pour donner à mes enfants l’opportunité d’apprendre à lire et à écrire que je n’ai jamais eue ». explique Shengfang.

750 millions d’adultes analphabètes, les 2/3 sont des femmes

Comme le montre son histoire et celle des 750 millions d’adultes qui sont aujourd’hui dans son cas, être analphabète ce n’est pas juste ne pas savoir lire ou écrire. C’est un manque lourd de conséquence tant pour l’individu, le parent que le citoyen. C’est être privé de la possibilité d’exercer un emploi, de s’occuper correctement de ses enfants ou d’être un citoyen actif dans la société.

Hou Sanvu, originaire de la province de Xinjiang,  est elle aussi analphabète. Elle a attendu de célébrer ses 73 ans, d’être grand-mère de 4 petits enfants pour commencer des cours d’alphabétisation avec Aide et Action. Et de son propre aveu, c’est tout un monde qui s’est soudainement ouvert à elle car, ne sachant ni lire, ni écrire, « elle s’est toujours sentie ‘aveugle‘ ».

« Ne pas savoir lire, c’est être aveugle »

Et comment cela pourrait-il en être autrement ? Comment s’informer, trouver un travail, signer des documents lorsque l’on ne sait même pas déchiffrer? Comment prendre soin de ces enfants, comment leur lire une histoire, leur donner des médicaments ?  Comment faire ses courses sans savoir lire les étiquettes ou les prix ? Comment travailler, s’informer, contribuer à la vie de la société ? Comment voter ou simplement connaître et défendre ses droits ? Être analphabète, c’est voir sa vie personnelle, professionnelle, citoyenne devenir un véritable parcours du combattant. Et pour cause, ces hommes et ces femmes ne sont pas seulement privés d’une connaissance, ils sont surtout privés d’un des droits les plus basiques au monde.

Un droit humain fondamental

Car l’alphabétisation n’est pas une fin en soi : elle est un droit humain fondamental, la base de tout autre forme d’éducation, le socle nécessaire à tout individu pour croître, construire et s’épanouir.

Pour autant, comme Shengfang, ils sont aujourd’hui 750 millions dans le monde à en être privés, et ce en dépit de son inscription dans la Déclaration des Droits de l’Homme.  Malgré les progrès réalisés au cours des 50 dernières années, les disparités de genres en matière d’alphabétisme persistent dans presque un pays sur cinq. Dans 43 pays, principalement situés en Afrique du Nord, en Asie de l’Ouest, en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont moins susceptibles de posséder les compétences fondamentales en lecture et en écriture que les jeunes hommes. De tels chiffres montrent les efforts à faire pour parvenir d’ici à 2030 à un monde où tout homme/femme saura lire et écrire, comme le prévoient les Objectifs de Développement Durable 4 et 5  adoptés  en septembre 2015 par 193 états.

L’alphabétisation : une arme de paix massive

L’enjeu est d’autant plus grand que savoir lire et écrire est une compétence essentielle pour travailler, gagner sa vie, mais aussi pour exercer pleinement sa fonction de citoyen et d’homme libre. D’ici à 2030, ces capacités seront essentielles pour donner aux 25.6 millions de  jeunes adultes (15 à 24 ans) les moyens de s’intégrer au monde du travail, d’exercer leurs droits et de s’ouvrir à l’Autre et à la Différence.

 Être lettré c’est pouvoir agir pour le bien commun

 « Une personne sans connaissance basique ne peut interagir avec des institutions démocratiques, faire des choix, exercer ses droits de citoyen ni agir pour le bien commun » écrit l’UNESCO dans une note de septembre 2012, faisant ainsi de l’alphabétisation un outil clef vers la démocratie et la paix. L’éducation au sens large est elle aussi facteur de paix, puisque preuve a été faite qu’une hausse de 10% seulement de taux de scolarisation dans le secondaire pouvait réduire un risque de conflits de 3%. Rien d’étonnant donc à ce que le niveau d’éducation des populations soit devenu un indispensable pour calculer l’index de paix globale, soit la capacité de nations entières à engendrer et maintenir la paix.