Maternelle : « de l’importance des premiers pas »


Dans l’une de ses nouvelles, “Instructions pour gravir une échelle,” Julio Cortazar, écrivain argentin, utilise plus de 380 mots pour expliquer la manière dont on monte la première marche d’une échelle. « Les premiers pas sont toujours les plus difficiles, juste le temps d’avoir la coordination nécessaire », écrit Julio Cortazar. D’une manière des plus originales, celui-ci nous montre ainsi l’importance de cette première marche, qui pose tous les fondamentaux et dont dépend le succès et l’avenir. Il n’y a qu’un seul pas qu’à Aide et Action, nous osons franchir pour affirmer que cette première marche, c’est l’éducation des plus jeunes enfants. Elle est essentielle au bien-être des enfants et adultes de demain, indispensable pour la société et le monde. Nous ne pouvons donc que nous réjouir de la volonté affichée du ministre de l’Éducation nationale de recentrer l’attention sur l’école maternelle comme annoncée mardi 29 août lors de sa conférence de presse.

Ambition renforcée pour la maternelle

Jean-Michel Blanquer a en effet clairement affiché son « ambition renforcée pour la maternelle », pour en faire un levier contre le décrochage scolaire et les inégalités. Partant du constat que près de 20% des jeunes de plus de 15 ans ont des difficultés pour lire, écrire et comprendre des textes, Jean-Michel Blanquer souhaite renforcer une stimulation précoce et intensive du langage ainsi que l’acquisition de savoirs chez les jeunes enfants. Il s’appuie ainsi sur les recherches internationales qui ont montré au cours des deux dernières décennies toute l’importance de l’éducation dès le plus jeune âge.

Pour lutter contre le décrochage et les inégalités

« La scolarisation maternelle peut contribuer dès le plus jeune âge à la réduction des inégalités, notamment celles qui résultent des écarts dans les acquis du langage » est-il écrit dans le dossier de presse de rentrée du ministre. Pour ce faire, Jean-Michel Blanquer fait de l’apprentissage du langage et l’entrée progressive dans une culture de l’écrit la mission première de la maternelle. Il préconise également un effort de formation des enseignants pour que l’école maternelle devienne encore davantage une école du langage.

On regrettera cependant l’absence, en cette période de rentrée et de grands changements, de toute annonce en matière de prise en charge des enfants dès l’âge de 2 ans. Force est de constater en effet que si l’école maternelle française jouit plutôt d’une bonne réputation pour les 3 ans et plus, elle reste encore peu adaptée aux moins de trois ans.

Une école de qualité mais inadaptée à tous

Créée en 1881, elle accueille aujourd’hui plus de 90% des enfants de plus de trois ans. Le résultat est pour autant nettement moins élogieux pour les enfants de moins de trois qui sont souvent accueillis de manière très inégalitaire. Développée depuis 2012 seulement, cette pré-scolarisation ne concerne que 94 000 enfants soit 11% d’une génération.

Un nouveau rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale explique cette faible pré-scolarisation par la grande variabilité des conditions de scolarisation des jeunes enfants d’une académie à une autre : les moins de trois ans sont en effet parfois accueillis dans des classes pour tout-petits, parfois mélangés à des enfants plus âgés. La scolarisation est parfois à temps plein, parfois uniquement sur des demi-journées. Enfin le rapport souligne le manque de formation des enseignants pour les tout-petits et la multiplicité des pédagogies appliquées dans ces sections.