Inde : la vie d’une jeune migrante, l’enfer au quotidien

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L’Inde compte plus de 50 millions de migrants, forcés de quitter leur village d’origine à la fin des récoltes pour travailler dans des chantiers de construction. Exploités, affamés, maltraités, les migrants sont l’une des populations les plus défavorisées du pays. La condition des femmes y est évidemment nettement pire que celle des hommes.

Être migrant en Inde est difficile, être une femme migrante l’est encore plus. Loin des clichés, l’un des spécialistes de la question migration d’Aide et Action en Inde, Saroj Kumar Barik revient sur le quotidien de ces femmes, obligées de suivre leurs pères ou époux et de travailler comme eux sur les chantiers de construction.

« Pour toute nourriture, les femmes ont l’eau de cuisson du riz et de petits cornichons faits maison, tandis que les hommes mangent du riz et des légumes. » explique Saroj Kumar Barik. Cela affecte sévèrement la santé des adolescentes et nombre d’entre elles sont totalement anémiées ».

Le travail forcé de l’aube jusqu’au soir

Et pourtant, en dépit de leurs faiblesses physiques, leur travail n’est pas moindre que celui des hommes. Au contraire. Dès les première lueurs du jour, elles cuisinent, aident leurs mères, préparent le premier repas qui permettra aux hommes de commencer le travail. Dès la vaisselle terminée dans l’unique point d’eau aménagé pour permettre à plus de 50 familles de boire, de se laver et de cuisiner, elles se lavent en public, exposées aux yeux de tous.

À 12 ans, elles portent 1000 briques par jour

Commence ensuite une rude journée. Les adolescentes ont à peine une douzaine d’années et pourtant l’école n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. La famille ayant à peine de quoi survivre, elles sont mises à contribution pour contribuer aux ressources. Alors sur les chantiers de construction ou dans les usines, elles portent sur la tête jusqu’à 1000 briques par jour (chaque brique faisant 5 kilos), elles les étalent pour les faire sécher sous le soleil brûlant ou encore cassent du charbon. Puis c’est le retour aux tâches ménagères, aux soins à donner aux plus jeunes frères et sœurs et à la cuisine. Cette routine, rien ne saurait l’interrompre. Car si là, elles travaillent pour leurs pères, leurs maris prendront bientôt la relève.

Mariées de force et enceintes trop jeunes

Une année ou deux à peine après leur puberté, leurs familles se mettent en quête d’un mari. Une adolescente mariée, c’est une bouche en moins à nourrir. Et une excellente nouvelle pour les propriétaires des chantiers qui encouragent et favorisent ces mariages précoces : un nouveau couple, c’est une nouvelle famille, un nouveau noyau qui, avec ses jeunes enfants, pourra à son tour travailler et être exploitée. Et voilà la boucle est bouclée : de jeunes filles exploitées,  sans âge ni avenir, elles sont mariées de force, enfantent trop jeunes, et, suivent, chaque année, leurs maris, des champs à l’usine, sans possibilité de rompre ce cercle vicieux.

Rompre le cercle vicieux

Certaines pourtant rêvent de le rompre, d’offrir une autre voie, un autre chemin à leurs propres filles « Je souhaite que mes enfants aillent dans des écoles publiques ou des internats », explique l’une d’entre elles. Cela est désormais possible, notamment grâce au projet « Des lieux de vie sûrs et sains pour les enfants migrants » mené par Aide et Action. L’association a ouvert plusieurs écoles sur les lieux mêmes où travaillent les parents pour prendre en charge les enfants et leur garantir soins et éducation pendant que leurs parents travaillent. L’association mène également un travail en profondeur avec les autorités officielles des États d’où les migrants sont originaires avec pour objectif  de faciliter le retour des enfants dans les écoles publiques. L’association développe également des internats permettant aux enfants de rester à l’école et dans des lieux sains et saufs pendant les migrations de leurs parents.