France : la refonte de l’école maternelle passe par la concertation de tous les acteurs


« La maternelle est une locomotive pédagogique pour l’ensemble de notre système scolaire, un échelon fondamental qui doit être pris très au sérieux et auxquels j’accorde une importance toute particulière » a déclaré Jean-Michel Blanquer, Ministre de l‘Education nationale, dans les colonnes de Sud-Ouest. Ce dernier a ainsi annoncé vouloir transformer l’école maternelle en « une école de l’épanouissement et de l’apprentissage du langage ». La tâche de cette transformation a été confiée à Boris Cyrulnik, neuropsychiatre spécialiste de la petite enfance, qui présidera en mars prochain des Assises de l’école Maternelle.

Objectif affiché : acquérir le langage

L’objectif assigné à l’école maternelle sera désormais de donner à l’enfant l’opportunité d’acquérir un vocabulaire riche qui lui permettra « de maîtriser un très grand nombre de mots d’établir une relation, de contrôler ses pulsions, et a fortiori de mieux se sociabiliser », confirme Boris Cyrulnik avant d’ajouter : « les premières années sont fondamentales ». Afin de sécuriser l’enfant et lui permettre de développer tout son potentiel, le pédopsychiatre insiste dans le quotidien Sud-Ouest sur la nécessité de repenser la formation des enseignants et de les doter de nouveaux outils pédagogiques.

Les professionnels de l’éducation s’inquiètent

Autant d’orientations qui peuvent sembler positives de prime abord mais qui suscitent pourtant de vives inquiétudes chez les professionnels de l’éducation. Interrogées par le Café pédagogique, Isabelle Racoffier, présidente de l’Ageem, l’association des professeurs de maternelle, et Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp, se sont aussitôt inquiétées de la référence à l’école du langage. « On pense qu’il y a une confusion entre posséder du vocabulaire et savoir exprimer sa pensée. Ce qui est important c’est que l’enfant apprenne à s’exprimer et pas qu’il maîtrise une liste de mots » insiste Francette Popineau.

Pour Aide et Action, de l’importance des premiers pas

Pour Aide et Action, qui milite depuis plus de 35 ans pour le développement de l’éducation pré-primaire, l’intérêt porté à la maternelle en ce début d’année 2018 est de bon augure, notamment après les multiples critiques émises par l’OCDE durant l’été 2017 (Le système français accueille beaucoup d’enfants mais l’investissement publique est trop faible et le ratio enfants/professeurs trop élevé. Plus d’informations) . Pour notre organisation, l’éducation pré-scolaire est indispensable pour le bon développement cognitif, social, physique et émotionnel des enfants. Elle facilite également la croissance, le développement et l’apprentissage des enfants depuis la naissance jusqu’à l’entrée en primaire et prévient plus tard le décrochage scolaire.

Favorable à des Assises de la Maternelle ouvertes à tous les partenaires

Favorable à une pré-scolarisation précoce dès l’âge de 2 ans, Aide et Action participe dans ses pays d’intervention à la recherche et au développement de méthodes d’enseignements spécifiques à la petite enfance[1] ainsi qu’à la formation d’enseignants qualifiés pour ce secteur éducatif spécifique. L’association travaille plus particulièrement à l’amélioration de la relation parent-professeur et à l’implication des parents dans la scolarité des plus jeunes, autant d’éléments nécessaires et indispensables à la réussite des plus jeunes enfants.

A ce titre, notre association estime que les Assises de la Maternelle prévues en mars pourraient être une réelle opportunité de débat et d’amélioration du système actuel à condition qu’elles constituent de véritables états généraux de l’éducation où seraient conviés tous les acteurs du monde de la petite enfance (professeurs, syndicats, monde associatif, maison de quartiers, représentants d’autres modes de garde…) et où seraient repensés en priorité les formations des enseignants, les conditions d’apprentissage des enfants , le rôle et la place des familles trop souvent oubliées ainsi que la qualité de la relation école-famille.

 

 

[1] Dans le cadre de ses projets Petite Enfance, Aide et Action procède à la construction et à l’équipement de centres et de cases communautaires, au recrutement et à la formation de personnels qualifiés selon des cahiers des charges précis, à la mise en place de programme d’activités: jeux, graphisme, éveil mathématiques, langage, écriture, motricité, créativité, au développement de supports pédagogiques pour combler le vide existant et parfois pour améliorer les curricula, enfin à un ensemble d’actions visant à améliorer l’environnement sanitaire en milieu scolaire, la mise en application des règles d’hygiène de base et le suivi médical des enfants.
Pour Aide et Action, il est nécessaire d’adapter chaque solution au contexte local et aux us et coutumes, sous peine de la voir rejetée. Il y a néanmoins des indispensables  à fournir aux enfants en toute situation : protection contre le danger physique, logement, nutrition adéquate, soins de santé adéquats, attachement à un adulte, développement des capacités par le dialogue, la lecture et le chant et le développement des capacités  d’interrogation et d’observation.