Pour une éducation au cœur du nouveau partenariat France –Afrique, la France doit revoir à la hausse son aide internationale à l’éducation


Emmanuel Macron, en déplacement à Ouagadougou, a souhaité faire de l’éducation la priorité absolue du nouveau partenariat avec l’Afrique. L’enjeu est de taille puisque 93 millions d’enfants, sur le continent,  ne sont pas scolarisés ; 1 jeune sur 3 n’y termine pas le primaire, 2 sur 3 ne finissent pas le secondaire. Les inégalités d’accès à l’éducation y sont parmi les plus aigues au monde puisque en moyenne 4 filles sur 10 au sud du Sahara n’ont aucun accès à l’éducation. Enfin, 1 école sur 4 y est toujours privée d’électricité. Sans action majeure sur l’accès à l’éducation, être un « continent d’avenir », et non plus un « continent de crises et de misère » comme l’a annoncé Emmanuel Macron, sera sans aucun doute mission impossible pour l’Afrique.

Une jeunesse africaine privée d’éducation

À moins que la France ait pour ambition d’augmenter drastiquement son aide publique au développement d’une part et la part de l’APD alloué à l’éducation d’autre part. Cela sera d’autant plus nécessaire que l’Afrique comptera en 2030 « 750 millions d’enfants, nécessitant plus de 11 millions de personnels qualifiés en santé et en éducation », souligne Libération. Mais pour l’heure, la France est loin d’apporter l’aide nécessaire.

L’aide à l’éducation en baisse

Son aide publique à l’éducation, qui privilégie majoritairement l’éducation secondaire et post-secondaire, est faible et ne cible pas les populations les plus défavorisées de l’Afrique Subsaharienne et du Sahel. Elles ne reçoivent en effet que 28% de l’aide bilatérale de la France à l’éducation[1]. Soit à peine USD 391 millions en 2014 et USD 308 millions en 2015, en chute donc mais surtout bien loin des besoins exprimés. La récente enveloppe votée par les députés pour l’aide publique au développement française 2018 (€2.7 milliards  soit à peine €100 millions de plus qu’en 2017, loin de l’engagement de la France à atteindre 0.7% du PIB) ne laisse présager d’aucune hausse majeure pour l’aide française à l’éducation de base en Afrique Subsaharienne.

250 millions d’euros à verser au PME

A l’occasion de ce discours, plusieurs ONG, membres de la Coalition Education, dont Aide et Action, ont élevé la voix pour demander au Président de la République Française de bien vouloir revoir à la hausse l’aide publique de la France à l’éducation. Demande a notamment été faite à M. Macron de s’engager à verser 250 millions d’euros[2] au Partenariat mondial pour l’Education ( contre seulement 17 millions au cours des 3 dernières années) lors de la Conférence sur le financement du Partenariat Mondial pour l’Education organisée à Dakar (Sénégal) en février prochain.

Un RDV à ne pas manquer en février

Emmanuel Macron, qui a souhaité la co-présider et qui aura pour lourde tâche d’inciter les pays donateurs à s’engager financièrement pour une éducation de base de qualité pour tous les enfants des pays les plus pauvres, aurait ainsi l’opportunité unique de mettre définitivement un terme à une politique d’aide à l’éducation défaillante, qui n’a que trop longtemps contribué à mettre en péril l’avenir du continent africain.

 

 

[1] Les chiffres de l’aide à l’éducation sont disponibles dans l’Observatoire de l’Aide Française à l’éducation dans les pays en développement, publié par la Coalition Education

[2] Pour la Coalition Education,  dont Aide et Action est membre, la France doit augmenter sa contribution au PME pour les prochaines années pour un total d’au moins €252, 4 sur la période 2018-2020 et ainsi entraîner d’autres bailleurs à faire de même. Après un fort désengagement en 2015, la France contribue à la hauteur de 8.4 Millions en 2016.