Education : Les enseignants manquent à l’appel


Il y a quelques principes de base à assurer pour garantir aux jeunes générations l’accès à une éducation de qualité : sensibiliser les communautés à l’importance de l’éducation, ouvrir des écoles à proximité des lieux de résidence, développer des programmes scolaires adéquats, acquérir matériel et support pédagogique en nombre suffisant et doter chaque établissement de suffisamment d’enseignants qualifiés et leur donner moyens humains et financiers de dispenser une bonne éducation de qualité. Pour autant ce dernier point est encore trop souvent oublié.

Des conditions de travail difficiles

On ne compte plus dans le monde le nombre d’écoles où l’enseignant souvent seul joue le rôle de directeur, de professeur, de conseiller, de logisticien…, où il doit chaque jour effectuer un long trajet pour assurer ses cours, sans avoir reçu la formation adéquate et le plus souvent pour un salaire de misère. Nombreux sont les enseignants contraints d’exercer deux métiers différents pour joindre les  deux bouts. De telles conditions de travail sont sans aucun doute à l’origine de la pénurie massive d’enseignants dans le monde.

On estime en effet qu’il manquera 68.8 millions d’enseignants d’ici 2030 pour offrir à chaque enfant l’accès à l’enseignement primaire et secondaire : 24.4 millions d’enseignants dans le primaire et 44.4 millions d’enseignants dans le secondaire. Les pays d’Afrique Subsaharienne et d’Asie du Sud sont les plus touchés par cette pénurie d’enseignants (14.6 millions d’enseignants) tant dans le primaire que le secondaire.

L’Europe également touchée par la pénurie

Dans les pays développés, l’accès à l’éducation est à peu près garanti mais la vocation d’enseignant est là aussi sensiblement en crise. Un millier de postes d’enseignants ne sont pas couvert aux Pays Bas. Ce nombre pourrait grimper à 10 000 en 2025.  En France, en dépit de cinq années de recrutement massif, les enseignants manquent encore à l’appel. En lettres classiques, modernes, en anglaise et en allemand, 859 postes n’ont pas été pourvus en 2017, contre 795 l’an passé et 649 en 2015. L’écart se creuse donc  entre les admis et la demande institutionnelle.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette pénurie : à commencer par la faible attractivité de la carrière d’enseignant et les formations peu adaptées à un métier en constante évolution et qui fait de plus en plus appel aux nouvelles technologies. A cela s’ajoutent des affectations souvent loin des lieux de résidence qui forcent les jeunes enseignants à s’acquitter de frais de logement et de transports. En Europe, il faut ajouter également le manque de considération et de respect comme le souligne Eric Débarbieux dans son nouveau livre « Ne tirez pas sur l’école ». Il insiste également sur le manque de formation et d’appui des enseignants, qui se retrouvent seuls et non outillés face à des élèves difficiles.

Une pénurie qui n’est pas sans conséquence

« Les enseignants sont au cœur de tout système éducatif. Le recrutement et la formation des enseignants, qu’ils soient nouveaux ou déjà en poste, sont des éléments clé pour permettre la scolarisation et l’apprentissage des enfants »

Irina Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO

Cette pénurie d’enseignants, tant dans les pays en développement que dans les pays développés, est grave : elle se traduit le plus souvent par une baisse de qualité des enseignants et donc de l’enseignement. En effet, les décideurs,  soumis à de fortes pressions pour recruter davantage d’enseignants, abaissent le niveau de formation des enseignants pour trouver davantage de candidats. Ainsi, dans un tiers des pays disposant de données en 2012 (Source ISU), moins de 75% des enseignants de primaire avaient reçu une formation conforme aux normes nationales. En Angola, au Bénin, en Guinée équatoriale, en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Soudan du Sud, ce chiffre descend en dessous des 50%. Là encore, la France n’est pas épargnée puisque le manque d’enseignants dans certains départements est tel que le niveau de recrutement des candidats a été revus à la baisse.

Pas besoin d’une grande clairvoyance pour comprendre que la baisse du niveau des enseignants a des répercussions immédiates et non négligeables sur la qualité de l’enseignement dispensé et sur le niveau éducatif et scolaire des futures générations.

Sans issue ?

Pour résoudre le problème, les états ont la nécessité d’augmenter massivement les budgets alloués chaque année à l’éducation mais cet investissement n’aura aucun effet sans une meilleure prise en compte des besoins et des demandes des enseignants. Une revalorisation du métier est indispensable tout comme la nécessité de libérer les enseignants de tout souci lié à leur condition de travail et de vie afin qu’ils se concentrent  uniquement sur leur rôle auprès des jeunes générations.

Aide et Action milite notamment une refonte de la formation des enseignants afin que celle-ci inclue un volet théorique et pratique plus important et surtout qu’elle s’inscrive dans un process continu afin de former les enseignants sur la longueur aux nouveaux défis qu’ils rencontrent quotidiennement.