Journée de l’Alphabétisation : des programmes adaptés aux populations les plus marginalisées sont nécessaires pour progresser


Le 8 septembre c’est la Journée Mondiale de l’alphabétisation. Elle a été créée en 1966 pour montrer qu’apprendre à lire, écrire, compter était essentiel à tout individu pour s’émanciper et être autonome. Et pour cause, il ne s’agit pas seulement d’apprendre à déchiffrer un code. Il s’agit surtout d’apprendre à lire le monde. L’alphabétisation n’est pas seulement littéraire, elle est aussi sanitaire, sociale et financière. En bref, elle ouvre les portes de nos sociétés et repousse les limites de l’exclusion et de l’ignorance.

L’ alphabétisation : un défi de taille

En dépit de son importance, plus de 50 ans après la création de cette journée consacrée à l’alphabétisation, le monde compte toujours 750 millions d’analphabètes dans le monde.  Cette population inclut 102 millions de jeunes (âgés de 15 à 24 ans), qui n’ont toujours pas les compétences de base en lecture et en écriture, dont 57 % de femmes, selon l’Institut de statistique de l’UNESCO.

750 millions d’analphabètes en 2017

Comment expliquer une telle persistance de l’ignorance et de l’exclusion en dépit de 50 ans de mobilisation ?

  • La faiblesse des moyens sans aucun doute. Il n’y avait jusqu’à récemment ni livre, ni programme adapté pour les adultes, ces derniers devaient se contenter de livres et de méthodes destinés aux enfants.
  • Un manque de volonté politique et d’engagement financier également . L’alphabétisation de tous est certes l’un des Objectifs du Développement Durable (Objectif 4.6) adoptés en 2015 mais il ne vise aucun objectif précis : il s’agit d’alphabétiser « tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes» d’ici à 15 ans. Mais combien exactement ? Par quel moyen ? Sans chiffre précis à atteindre, l’engagement reste minime.
  • Enfin, l’ampleur du problème. Comment atteindre ces hommes et ces femmes, qui ont vécu toute leur vie sans ces savoirs, qui ont appris à s’en passer, qui ont souvent honte de leur handicap, qui vivent le plus souvent dans des zones reculées, loin de tout service social, qui pourrait les orienter vers des structures d’apprentissage ?

Des programmes d’alphabétisation sur-mesure pour les populations laissées-pour-compte

Pour Aide et Action, l’accès aux compétences de base que sont la lecture, l’écriture, le calcul doit être universel. Mais cela ne sera possible que si des programmes locaux, spécifiques, adaptés aux besoins des personnes les plus marginalisées, vivant dans les lieux les plus reculés sont développés.  À l’instar du programme Enlight que nous menons aujourd’hui en Inde auprès de 250 jeunes filles de plus de 15 ans. Du fait de leur sexe et de leur appartenance à l’une des castes les plus basses de la société indienne (Arunthathiyar), elles sont discriminées et exclues de toute éducation. Rubini, 16 ans, en a bénéficié.

Issue d’une famille pauvre et marginalisée, cette jeune fille de la caste Arunthathiyar n’avait jamais pu aller à l’école. Quand les équipes d’Aide et Action l’ont rencontrée, elles l’ont inscrite dans un groupe de lecture destiné à améliorer les compétences en lecture et en écriture au travers d’activités structurées.

« Rubini a commencé à lire de simples mots, puis progressivement des phrases entières. Nous l’avons encouragée à lire des textes sur ses sujets préférés à savoir le sport et le cinéma. Elle s’est alors mise à lire les titres des principaux journaux et très rapidement, elle a lu les articles complets. Nous avons demandé à un autre élève de la « parrainer » et de l’accompagner dans ses exercices de lecture.  Apprendre avec un élève du même âge l’a beaucoup motivée. Jour après jour, je l’ai vu progresser et s’améliorer si bien qu’aujourd’hui elle sait parfaitement lire et écrire et elle en est très heureuse », explique M. Abraham, son professeur.