Aide à l’éducation : la France mérite un bonnet d’âne


En matière d’éducation dans les pays en développement, la France investit trop peu, trop mal, et aux mauvais endroits, tels sont en bref les conclusions de l’Observatoire de l’aide française à l’éducation que publie aujourd’hui la Coalition Education. Celle qui rassemble 16 organisations de la société civile, parmi lesquelles Aide et Action, a analysé en détails les chiffres de l’aide publique au développement de la France basée sur les chiffres de l’OCDE. Et le moins que l’on puisse c’est que les résultats ne sont guère brillants. « L’aide à l’éducation de la France est en dessous des recommandations de la communauté internationale et n’est pas dirigée vers les sous-secteurs, les pays et les populations qui en ont le plus besoin » (Chiffres 2015), souligne la Coalition Education.

De belles paroles pour l’éducation

L’éducation a pourtant belle réputation. Selon les dires des uns et des autres, ministres, experts, chefs d’états, l’éducation est fondamentale, essentielle pour l’avenir de nos enfants, une priorité pour le monde et un facteur clef pour atteindre les 17 Objectifs du Développement Durable, acté par les 190 chefs d’états en 2030. Mais dans les faits, elle reste le parent pauvre de l’aide au développement et souffre aujourd’hui d’un manque criant d’investissement. Et la France en la matière n’est clairement pas à la hauteur, selon la Coalition Education.

Mais un sévère manque d’investissement

Et pour cause :

  • L’aide à l’éducation de base – qui inclut l’éducation primaire et secondaire soit 9 à 12 années de scolarité selon le pays – n’a  représenté en 2015 que 2,5% du budget de l’aide publique au développement de la France. Cette part demeure trop insuffisante compte tenu de l’importance de cet enseignement pour acquérir les compétences de base fondamentales à la poursuite de la scolarité et à l’avenir.
  • 72 % de l’aide de la France à l’éducation est alloué aux bourses et aux écolages qui sont des dépenses consenties par la France pour l’accueil et la formation des étudiants étrangers sur son propre territoire. « La comptabilisation de ces dépenses dans l’aide au développement doit être interrogée car, à ce jour, aucune étude ne permet d’évaluer le bénéfice de cette aide sur les systèmes éducatifs des pays du Sud […] ni sur la réduction de la pauvreté et des inégalités dans les pays partenaires.» affirme la Coalition Education.
  • Seul 28,5% de l’aide à l’éducation en 2015 a bénéficié aux pays de l’Afrique subsaharienne.
  • Enfin, en 2016, la France n’a alloué que 8 millions d’euros au PME – seul fonds multilatéral intégralement dédié à l’appui aux politiques d’éducation – qui met la priorité sur l’éducation de base dans les pays les plus pauvres et ceux affectés par les crises. « La contribution de la France au PME est bien en deçà de ses engagements et très faible en comparaison des efforts consentis par d’autres pays, comme les 116.44 millions d’euros ($136,8 M) versés par le Royaume-Unis au PME en 2016 » déclare la Coalition Education.

M. Macron : il y a urgence

Devant un tel tableau, la Coalition Education espère beaucoup du nouveau gouvernement Macron. Le Président de la République semble déjà avoir reconnu l’importance de l’éducation dans le monde,  en affichant sa volonté de faire de l’éducation une des priorités de la politique de coopération internationale, notamment de par sa décision de co-présider, avec le Sénégal, la conférence du financement du PME le 8 février 2018 à Dakar. Reste à espérer que les discours d’Emmanuel Macron seront suivis d’engagements concrets et financiers.

Les Organisations membres de la Coalition Education attendent « désormais que la France donne un premier signal significatif de son engagement en augmentant son aide à l’éducation de base et notamment en annonçant une contribution de 258 millions d’euros (300 millions de dollar) au Partenariat mondial pour l’éducation entre 2018 et 2020. Elle pourra ainsi jouer un rôle prépondérant dans la résolution de la crise du financement de l’éducation que connaît le monde aujourd’hui » déclare la Coalition Education.