Réchauffement climatique : « ceux qui migrent et ceux qui restent sont en souffrance »

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« Toutes les migrations de détresse dans le monde trouvent leurs origines dans la faim et la souffrance », explique Daniel Umi, responsable Migration pour Aide et Action Asie du Sud. « Avec le réchauffement climatique, elles explosent ». À l’horizon 2050, l’ONU estime à 250 millions le nombre de réfugiés climatiques. En 2016 seulement, près de 19 millions de personnes ont été déplacées sous le coup de phénomènes climatiques extrêmes. Et ce nombre est appelé à s’accroître dans les années à venir.

Migrer pour fuir la sécheresse

Dans l’État d’Odisha, en Inde, où Aide et Action intervient, le phénomène est déjà largement visible. Près de 500 000 personnes quittent chaque année cette région pour un travail saisonnier dans un autre État. Depuis quelques années, le nombre de départs augmente pour faire face aux sécheresses : le déficit de pluie dans la région occidentale de l’État d’Odisha a été multiplié par trois au cours des trois dernières années et les précipitations liées à la mousson dans le district de Balangir n’atteignent plus que 840 mm contre 1200 mm il y a quelques années. Résultat : le nombre de migrations a augmenté atteignant aujourd’hui près de 500 000 personnes par an.

Un voyage en enfer

« Les terres, qui donnaient autrefois de bonnes récoltes et nourrissaient des familles entières sont désormais stériles à cause du manque de précipitations », précise Umi Daniel.  « Les anciens agriculteurs n’ont plus de quoi se nourrir ni faire vivre leurs familles. Ils n’hésitent donc plus à partir avec femmes et enfants pour travailler dans les grandes villes sur des chantiers de construction ou des usines à brique. Ce sont des métiers très durs pour un salaire de misère, voire pas de salaire du tout. Beaucoup tombent dans ce que l’on nomme « l’esclavage de dette ». On leur promet un salaire exceptionnel pour le travail accompli et ils se retrouvent prisonniers de contremaîtres sans scrupules. Ils sont exploités, privés de nourriture, battus ou agressés sexuellement ».

Un plaidoyer pour les droits des migrants

Aide et Action développe de nombreuses initiatives pour accompagner les migrants, notamment via des procédures d’enregistrement sur les lieux de départs et d’arrivées de migration afin d’éviter l’exploitation et la mise en servitude de ces populations. L’association plaide également auprès des propriétaires d’usine à brique et des chantiers de construction pour améliorer les conditions de vie des migrants (construction de logements, accès aux soins) et pour favoriser l’accès des enfants à l’éducation afin qu’ils ne restent pas désœuvrés sur les lieux mêmes où travaillent les parents (création de centres d’accueil et de prise en charge pour les jeunes enfants, intégration des enfants plus âgés dans des écoles publiques).

L’enfer aussi pour ceux qui ne migrent pas 

 «  Le plus dur c’est pour celles et ceux qui ne prennent pas la route, ce sont eux qui souffrent le plus », ajoute Umi Daniel. Les plus âgés, les plus malades, parfois certaines familles, ne peuvent pas quitter leurs villages d’origine. Commencent alors pour eux une vie des plus difficiles, sans nourriture, sans argent, sans réelle possibilité d’emploi. « De plus en plus de personnes âgées meurent seules au village car il n’y a plus personne pour prendre soin d’eux » ajoute le responsable Aide et Action.

Ceux qui restent se retournent vers la forêt pour survivre. Ils coupent les Tecks, des arbres tropicaux utilisés pour la fabrication de meubles, et les revendent. Avec la place libre, ils développent des cultures de coton plus résiliantes à la chaleur. Des activités qui leur permettent de survivre mais qui aggravent encore les conditions climatiques. « Sans végétation la chaleur est encore plus insoutenable et les averses soudaines qui rafraichissaient l’atmosphère ont disparu », note Umi Daniel.