Jeunes migrants : l’éducation et la formation ne sont pas des options


Débats et unes sur l’arrivée massive des migrants en Europe se multiplient mais l’accès à l’éducation et à la formation des plus jeunes reste bien souvent la grande oubliée. En cette Journée Internationale des Migrants (18 décembre), Aide et Action rappelle qu’assurer aux jeunes migrants une éducation de qualité pour leur permettre de se reconstruire et de valoriser leur potentiel est une priorité.  

Force est de constater que la vie des migrants, la dangerosité de leurs périples, les situations terribles auxquelles ils doivent faire face font régulièrement la une des médias ; le manque d’accès à l’éducation des plus jeunes beaucoup plus rarement. Et pourtant cette absence a des conséquences lourdes sur ces enfants ou jeunes adolescents, bien souvent à la rue, livrés à eux même dans une société qu’ils ne comprennent pas ou peu, les exposant aux trafics ou violences de toutes sortes. Cette carence éducative et cet isolement rendant toute tentative d’accompagnement et d’insertion beaucoup plus difficile.

Des jeunes migrants en mal d’éducation

Le monde compte aujourd’hui plus de 250 millions de migrants internationaux, dont une grande moitié d’enfants ou adolescents, partis seuls ou en famille. Ils sont ainsi des millions aujourd’hui à êtres privés d’éducation, à ne pas apprendre à lire et à écrire, à ne pas suivre de formation professionnelle. Pour tous ces jeunes, qui ont connu le départ précipité de leur pays, la perte de leurs repères et des déplacements parfois très difficiles, ce sont autant de mois, d’années, voire de décennies de perdus.  En cette Journée Internationale de la Migration (18 décembre), Aide et Action rappelle l’importance de l’accès à une éducation de qualité pour ces jeunes populations traumatisées et en souffrance ainsi que l’impérieuse nécessité de leur offrir au plus vite abri, sécurité et opportunité d’avenir.

Des initiatives mais un manque de vision globale

Un peu partout dans le monde, des initiatives se multiplient pour favoriser l’apprentissage des langues  ou l’intégration scolaire de jeunes migrants ou réfugiés mais leur scolarisation ou les offres de formation professionnelles restent encore largement inaccessibles. Le Portugal a ainsi récemment mis en place des kits scolaires interculturels pour donner aux enseignants le matériel pédagogique nécessaire pour accueillir les enfants migrants ; la Pologne a, elle, donné la possibilité aux municipalités d’organiser dans les écoles des journées d’accueil pour les enfants migrants récemment arrivés. La France, elle, aussi a cherché à mettre en place des conditions d’accueil et de scolarisation pour cette population  en constante croissance. Une étude de septembre 2017 des Apprentis d’Auteuil révélait que le nombre de ces jeunes mineurs isolés étrangers en France était en augmentation. De 13 000 en 2016 (contre seulement 4 000 en France en 2010), on estime qu’ils seront 25 000 en cette fin 2017.

La formation plutôt que l’expulsion

La loi française prévoit bien, dans les textes, la scolarisation de tous les enfants  et adolescents vivant sur son territoire. Sur le terrain, un réseau de partenaires publics et associatifs se mobilise pour venir en aide aux jeunes étrangers. Et pourtant, aujourd’hui encore, sur le sol français, ce droit est bafoué et des centaines d’enfants et d’adolescents se retrouvent plongés dans des situations de profonde détresse, confrontés à de vastes imbroglios administratifs, voire à une lenteur et une mauvaise foi administrative organisées. Cela est notamment vrai pour les plus de 16 ans, pour qui l’obligation de scolarisation ne prévaut plus. Sans moyen adéquat, souvent privés de logements, ces jeunes se voient souvent privés d’accès à l’éducation et à des parcours professionnels qui leur seraient pourtant plus que nécessaires. Une éducation adaptée à leur besoins et à leurs désirs aurait pourtant double vertu : celle de leur permettre de se reconstruire après un traumatisme important, celle de construire une vie, de bâtir un nouveau départ au sein de notre pays. Convaincue que la résilience de ces jeunes et leur énergie peuvent apporter beaucoup à notre pays et qu’une intégration réussie passe par une scolarisation précoce et une formation professionnelle de qualité, Aide et Action interpelle le Ministre de l’intérieur afin que, plutôt que d’exhorter les préfets à obtenir des résultats rapides en matière d’expulsion1, il leur demande de faire respecter le droit à l’obligation scolaire pour tous, sur tout le territoire de la république, dont la devise, rappelons-le, est « Liberté, égalité, fraternité ».

1 Via une circulaire adressée aux préfets en date du 20/11/2017